Le Conseil du patrimoine estime que le projet du Village Griffintown ne respecte pas la valeur historique de ce quartier, berceau de l'industrialisation au Canada, et berceau des Irlandais à Montréal.
Village Griffintown : nouvelle opposition
Le Conseil du patrimoine de Montréal, une instance municipale, s’oppose au méga projet
Le Conseil du patrimoine de Montréal estime que le Village Griffintown ne respecte pas l’histoire et le patrimoine du quartier en démolissant des bâtiments anciens et en supprimant des rues vieilles de 200 ans.
L’instance consultative dénonce également la décision de la Ville de ne pas soumettre le projet à l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) et craint même que le projet menace l'inscription de Montréal à titre de «ville du Patrimoine mondial», auprès de l'UNESCO.
Le projet du Village Griffintown, entièrement financé par des investissements privés, rapporterait environ 33 millions par année à la Ville de Montréal, d’où l’accueil favorable qu’il a reçu auprès des élus municipaux: «Le maire et les élus de Montréal auraient intérêt à aller faire un tour dans le quartier pour en réaliser l'importance», estime pour sa part la présidente du Conseil du patrimoine, Marie Lessard.
«Griffintown est le berceau de l'industrialisation au Canada, et le berceau des Irlandais à Montréal, rappelle-t-elle. Dans la forme actuelle du projet, on démolit trop. Nous ne sommes pourtant plus à l'époque de la construction du Stade olympique, où on rasait tout pour ensuite développer.»
Dans son avis à la Ville, le Conseil du patrimoine passe au peigne fin six enjeux du projet, soit la trame de rues et le tissu urbain, le patrimoine construit, les hauteurs, l'archéologie, le milieu de vie créé, la valorisation sociale et culturelle du quartier.
Au sujet des hauteurs qui, dans certains îlots, sont de deux à trois fois la hauteur permise selon les règles d'urbanisme, le Conseil note qu'elles mettent en péril certaines vues vers le Mont Royal et vers le fleuve, depuis la montagne. Des conclusions qui sont tirées après avoir épluché une dizaine d'études, précise la présidente du Conseil.
Rappelons que le promoteur Devimco avait déjà modifié son projet en réduisant le pourcentage commercial, à la demande de plusieurs intervenants locaux et municipaux.
En ce qui a trait aux consultations publiques, plutôt que de faire affaire avec l'OCPM, la Ville a préféré donner le mandat à l'arrondissement du Sud-Ouest qui devra tenir des audiences sur le Programme particulier d'urbanisme (PPU), qui définit le projet.
Promoteur insulté
De son côté, le promoteur Devimco réfute les critiques en rappelant que 12 bâtiments à caractère patrimonial du quartier seront restaurés, en plus d'en déménager deux autres.
Serge Goulet, président de Devimco et son équipe entendent aussi mettre en valeur les vestiges de l'église Sainte-Anne, démolie en 1970. Quant à la hauteur des bâtiments, ils y voient un moyen de freiner l’étalement urbain en redensifiant le centre-ville de Montréal.