Comment lui lancer la pierre?
Elle était charismatique, articulée, jolie et forte comme le roc… Geneviève Jeanson a eu, pendant quelques années, le Québec à ses pieds. La cycliste originaire de Lachine a toujours conservé cette personnalité attachante, mais elle est devenue persona non grata depuis 2005 en raison de soupçons de dopage. Avec ses récents aveux, la cote de Geneviève Jeanson est à la hausse.
En racontant enfin la vérité, en expliquant comment elle en est venue à se doper, les gens seront plus portés à lui pardonner. À tort ou à raison, je suis de ceux qui refusent de lui lancer la pierre.
Lorsque Geneviève Jeanson a pris de l’EPO pour la première fois, elle n’avait que 16 ans. Alors qu’elle souffre d’anémie, le Dr Maurice Duquette lui propose deux options : prendre de l’EPO ou abandonner sa saison. Son entraîneur André Aubut et même son père sont d’accord à ce qu’on lui injecte de la drogue. Pour le bien de sa carrière, bien sûr.
Comment une jeune cycliste de 16 ans aurait-elle pu refuser de prendre de l’EPO dans cette situation, alors que trois adultes en qui elle a pleinement confiance -, un médecin, son entraîneur et son père, - consentent à ce qu’elle fasse usage de cette drogue ? Comment aurait-elle pu dire non, quand trois hommes intelligents lui ont fait comprendre que prendre de l’EPO était la meilleure solution pour ne pas compromettre sa saison ?
Pour Geneviève Jeanson, être dans l’obligation de plaire à son entraîneur, à ses parents, à ses supporteurs, tout en sachant qu’elle était une tricheuse, devait représenter un poids énorme. « De 15 à
23 ans j’étais morte, c’est comme ça que je me sentais. À tous les automnes, avant que la saison finisse, je voulais arrêter. J’haïssais mon mode de vie», dit-elle.
Après l’épisode de l’anémie, Geneviève Jeanson a continué de prendre de l’EPO, sous la recommandation d’Aubut, qui exerçait un puissant contrôle sur elle.
Le deuxième reportage de l’émission Enquête jette le voile sur la violence physique dont Jeanson a été victime de la part de son entraîneur. Ce dernier l’aurait battu dans le désert de l’Arizona alors qu’elle ne roulait pas assez rapidement lors d’un entraînement.
La jeune femme était prise dans un engrenage dont il était difficile de se sortir et on imagine les tourments qui devaient l’affliger. Elle voulait gagner et se maintenir au sommet, toutefois le prix à payer était de vivre dans la peur, la peur de son entraîneur, la peur de se faire prendre et la peur de mourir.
L’histoire de Geneviève Jeanson est triste. En se dopant, c’est à elle-même qu’elle a fait le plus mal, pas au public ni à ses adversaires. La jeune femme, rayonnante de bonheur au début de sa carrière, a gâché huit années de sa vie. Aujourd’hui, elle tente de remonter la pente. Comment ne pas lui pardonner ?h