Quel beau système!
À chaque fois que je prends connaissance d’informations comme celle de l’affaire Truscott, j’en suis bouleversé. Quand un être humain se voit forcé de perdre une partie de sa vie à croupir dans les prisons, à cause des lacunes de notre système judiciaire, ça me révolte.
Steven Truscott a été condamné à mort, après avoir été reconnu coupable du meurtre et du viol d’une jeune fille de 12 ans, en 1959. Sa peine de mort a heureusement été commuée par le gouvernement et il n’a finalement servi que 10 ans (sic) de pénitencier. Il n’a jamais cessé de clamer son innocence et, depuis les premiers jours de son accusation, il a tenté de démontrer qu’il n’était pas l’auteur de ces crimes sordides. Rien n’y fit et le verdict de culpabilité fut même confirmé à deux reprises par la Cour suprême du Canada.
C’est finalement le gouvernement ontarien qui a accepté de présenter son dossier à la Cour d’appel de cette province et, grâce au travail acharné de plusieurs personnes convaincues de son innocence, on a pu démontrer que des preuves avaient été cachées à la Cour, à l’époque de son procès. Cachées par qui? Par la police, par la Couronne! Par ceux-là même qui avaient prêté le serment de servir la Justice, de protéger les innocents... Et personne ne s’insurge contre cette absolution! On ne mentionne même pas leurs noms dans les médias, car il ne faudrait surtout pas que leur famille soit affectée.
Lorsqu’une personne est condamnée parce qu’on a caché des preuves qui pourraient l’innocenter, je ne crois pas que l’on puisse parler «d’erreur judiciaire». Je pense que l’on devrait plutôt parler de complot pour ne pas permettre à la Justice (avec un grand J) de suivre son cours normal. Pour moi, c’est le plus grand de tous les crimes, car il sape les bases mêmes de la démocratie.
Aussi abominable qu’elle puisse être, cette affaire ne serait pas aussi grave, si
c’était le seul cas d’erreur judiciaire. Combien d’autres, dans tout le Canada, n’ont jamais été connues ou sont encore considérées comme très douteuses?
Au Québec, les cas semblables sont multiples. Et, même après avoir pu démontrer leur innocence, les victimes du système doivent continuer à lutter pour tenter d’obtenir une compensation, une réparation ou même simplement des excuses. On n’a qu’à penser à Michel Dumont qui se bat encore contre une puissante machine, engraissée par l’argent des contribuables, afin d’obtenir compensation. Que font les Jean Charest, Pauline Marois et Mario Dumont pour essayer de réparer les torts faits à ce citoyen et à sa famille? Absolument rien! Les péquistes n’ont pas levé le petit doigt, pendant qu’ils étaient au pouvoir. Les libéraux n’ont pas fait mieux et Mario Dumont n’en a jamais soufflé mot depuis qu’il est devenu «l’opposition officielle»...
Beau système! Il ne faut pas se surprendre si cela engendre souvent, chez ceux qui en sont les victimes, un sentiment de révolte qui les transforme parfois en de vrais malfaiteurs. Il ne doit pas être facile, pour une personne qui croupit injustement en prison en compagnie de criminels endurcis, de résister à la tentation de se joindre au réseau des vrais bandits qui, au moins, n’ont pas la prétention de «servir la Justice».