Petites violences ordinaires
C'est l’été, il fait beau, je me rends chaque matin à vélo à nos bureaux de LaSalle. Quoi demander de mieux? Je suis résidente de Verdun et toutes les berges du point A au point B sont aménagées en une superbe piste cyclable. Mes complices sont les canards, les hérons et un peu plus tôt cet été, les magnifiques huards, pas du tout craintifs, qui picossent les hautes herbes à deux pas de la piste. À l’heure où j’y suis, je n'y croise pas grand monde, donc je me permets de m'arrêter pour les regarder et, ok je l'avoue, pour parler à ces magnifiques oiseaux.
Mais voilà que, chemin faisant, je me trouve souvent témoin involontaire de la bêtise humaine, comme cet homme qui promène son vieux chien, un Golden Retriever, avec une dureté et une brutalité innommable. Dans une marche rapide plutôt qu’une ballade, l'homme tire la pauvre bête, qui a peine à le suivre. Pire, la laisse coincée entre les pattes, il claudique sans que son maître daigne s’en apercevoir. Voilà une scène révoltante. Sans compter tous ces maîtres qui attachent leurs chiens en tout temps dans leur cour et s’étonnent que ces derniers jappent lorsqu’ils aperçoivent un autre chien dans la ruelle, tout en battant la queue, signe qu’ils ont envie de jouer. Et le propriétaire de hurler, de taper son chien : «Non, j'ai dit non !», exerçant ainsi son pouvoir sans limites sur plus faible que lui. Triomphal, il vous lance : «Je vais finir par lui apprendre!», comme s'il pouvait effacer des milliers d'années d'instinct animal gravé dans l’ADN de la bête.
Autre petit délit ordinaire : la négligence. Plusieurs individus ont mis en commun leur volonté de redonner aux berges du canal Lachine et du fleuve le panache qui leur revient, les aménageant dans le but que tous puissent en profiter.
Mais voilà, l'autre jour je me promenais sur les berges du fleuve à Verdun, près de la marina. J’aperçois un groupe de jeunes gens dans la vingtaine, qui s’expriment correctement, voire légèrement au dessus de la norme et qui sont plutôt bien vêtus. Ils partagent une pizza entre amis sur les dalles d’un escalier menant au bord de l'eau. Voilà qui est charmant et tout à fait approprié en ce bel après-midi de fin de semaine.
Sauf que, lorsque je suis repassée au même endroit le lendemain, la boîte de pizza vide et les canettes de soda y étaient toujours. Comment est-ce possible, en 2007, sur un site d’une grande beauté, cette insensibilité à ce qui les entoure, cette irresponsabilité aberrante? Ce n'est pas qu’une atteinte aux plantes et aux animaux qui habitent ce site, mais aussi à la communauté en général, qui est fière de ce site.
Nous avons la chance d'habiter une belle région bordée par l’eau, de côtoyer des animaux fabuleux, il est temps de prêter attention à ce qui nous entoure !