Au delà des «faiseux d'opinion»
Il suffit de se remémorer la récente «crise» budgétaire à l'Assemblée Nationale, pour se rendre compte que l'opinion publique, influencée par les grands médias, a incité les politiciens à ajuster leurs tirs. Cela est sans doute bon pour la démocratie, mais cela en dit aussi long sur le pouvoir des «faiseux d'opinion».
On en a un autre exemple avec les problèmes de la ville de Montréal. On la décrit comme une ville sale, ennuyante, envahie par les nids-de-poule, le smog, les gangs de rues... Et ces mêmes informateurs ont trouvé la cause de tous ces maux: les trop grands pouvoirs accordés aux arrondissements. Ils rêvent d'un super hôtel de ville où une armée de hauts fonctionnaires élaboreraient la recette du bonheur des contribuables montréalais.
Je ne partage pas du tout ce point de vue. Je ne vois pas pourquoi un arrondissement devrait s'inspirer de la «grande ville» pour structurer ses services aux citoyens. D'ailleurs, on peut se demander ce que Verdun (un exemple que je connais bien) pourrait envier au centre-ville ou aux autres arrondissements. Je suis foncièrement convaincu qu'une uniformisation des services, à la grandeur de Montréal, résulterait, pour les Verdunois, en un nivellement par le bas, à des coûts considérablement accrus.
Les tenants de la théorie de la «grande ville forte» comparent aussi le nombre de conseillers municipaux, à Montréal, avec celui de certaines autres grandes agglomérations urbaines comme Toronto ou New-York. On néglige de tenir compte, toutefois, des salaires qui sont versés aux milliers de fonctionnaires qui remplacent ces élus.
Je ne sais pas ce qui se passe dans les autres arrondissements, mais je suis à même de constater de mes propres yeux, qu'à Verdun, les sept élus ne chôment pas. Je pense que si l'on divisait leurs revenus totaux par le nombre d'heures qu'ils consacrent à leurs fonctions, on arriverait, dans la plupart des cas, à des taux inférieurs à ceux de la majorité des employés municipaux. Et les citoyens ont l'immense avantage, dans leur cas, de pouvoir les «congédier» au bout de quatre ans, s'ils ne sont pas satisfaits de leur travail.
Les fusions forcées ont causé bien des problèmes, mais il est trop tard pour revenir en arrière. D'ailleurs, certains aspects de cette opération étaient non seulement nécessaires, mais incontournables, à l'heure des grands enjeux mondiaux et de la compétition que vivent les grands centres urbains.
Il reste que Montréal vit de graves problèmes financiers. Cependant, ce n'est pas à grands coups de subventions provinciales ou fédérales que l'on comblera équitablement l'écart entre ses revenus et ses dépenses. Cela reviendrait à faire payer par d'autres contribuables ce que les Montréalais ne paieraient plus. Je reste convaincu que c'est d'abord à la colonne des dépenses qu'il faut s'attarder et je pense que l'administration Tremblay a encore beaucoup d'efforts à faire, dans cette direction.
C'est là un autre défi auquel les arrondissements parviennent à s'attaquer plus efficacement. Ils ont d'autant plus d'incitatifs à le faire que leurs élus (que l'on dit trop nombreux) peuvent entretenir des rapports directs avec leurs citoyens. On pourrait aussi appeler ça: la proximité.