Il n'y a pas 36 solutions!
Au moment d'écrire ces lignes, les employés de l'entretien, à la Société de Transport de Montréal (STM), entraient dans leur deuxième journée de grève. Pour certains usagers du transport en commun (les plus démunis, les plus défavorisés), c'est une véritable catastrophe.
C'est l'impasse. Les administrateurs de la STM n'ont pas les budgets requis pour accorder aux syndiqués ce qu'ils demandent. Du côté syndical, on ne veut surtout pas accepter les conditions offertes par l'employeur. Peu importe si on est mieux payé que quiconque exerçant les mêmes fonctions; il faut en obtenir plus. Les grèves ont permis de faire des gains déraisonnables, dans le passé; alors, on utilise la même méthode.
Dans tout le secteur public, quand on fait la grève, on s'en prend directement à la population. On prive les gens des services auxquels ils ont droit, on compromet leur qualité de vie, leur sécurité, leur santé et souvent même, leur survie. Et, habituellement, les représentants des citoyens finissent pas céder en leur accordant des conditions de travail qui se transforment en augmentations de taxes pour les contribuables. C'est un système qui a contribué à faire du Québec l'un des endroits les plus fortement taxés en Amérique du Nord.
Ce n'est pas un appel à la patience que le maire Tremblay et Claude Trudel devraient lancer: c'est un ultimatum aux législateurs pour qu'ils modifient les lois qui accordent le droit de grève aux employés du secteur public! Et, d'ailleurs, ils ne devraient même pas avoir à leur demander; cela aurait dû être fait bien avant.
Il n'est jamais trop tard pour corriger ce qui ne fonctionne pas. Mario Dumont prétend que son parti incarne le changement réclamé par l'électorat et Jean Charest dit qu'il a compris le message des citoyens. Une chose est certaine: aucun de ces deux partis n'était appuyé par les grandes centrales syndicales qui représentent les employés du secteur public. Ce n'est donc pas ces dernières qui devraient dicter une ligne de conduite au gouvernement.
Si Mario Dumont est plus qu'un « beau parleur », il devrait se faire le leader d'une transformation en profondeur des lois qui accordent aux employés du secteur public le droit de prendre la population en otage. Car la grève dans le secteur public n'est pas autre chose qu'une prise d'otage: on prive le citoyen de services essentiels à son bien-être, à sa survie et on attend qu'il cède. Et si cela prend trop de temps, on va même jusqu'à exploiter le sabotage, l'intimidation, les voies de fait.
On se promène avec de belles pancartes, montrant le visage de Jean Charest ou du maire Tremblay, mais ce ne sont pas eux les véritables cibles. Ce sont les étudiants, les travailleurs, les malades, les personnes âgées, les gens démunis qui ont besoin de services dont ils ne peuvent plus bénéficier.
Il n'y a pas 36 solutions. La grève à la STM n'est que le symptôme d'un malaise qui n'a plus sa raison d'être. Il existe une foule de mécanismes qui pourraient garantir aux employés du secteur public des conditions de travail raisonnables, sans qu'ils aient recours à la grève. Je pourrais en citer des dizaines, mais il y a des experts beaucoup mieux qualifiés que moi pour les présenter ou en élaborer de nouveaux.
Ce qu'il faut, et dès maintenant, c'est une « assemblée nationale » qui se tient debout. Le Québec vit son premier gouvernement minoritaire en plus d'un siècle. C'est peut-être le signal qu'il est temps de sortir des sentiers battus.