La directrice générale de la Maison St-Gabriel, Madeleine Juneau. (Photo : Martin A. Chamberland)
Fer chanceux
L’exposition «Repassez nous voir…» célèbre «l’art du repassage»!
La superbe Maison St-Gabriel a inauguré cette semaine une exposition fort originale: «Repassez nous voir…» retrace l’histoire du repassage au fil des ans, la technique remontant à l’Antiquité en Chine. Des pièces impressionnantes comme un manteau de cour impériale chinoise datant des années 1850-1870, prêté par le Musée des Beaux-arts de Montréal, et un corsage jupe victorien fin XIXe siècle, prêté par le musée des civilisations de Québec, épatent par leur parfaite «mise en plis».
C’est en 1877 qu’ouvre la première Blanchisserie chinoise montréalaise, dans le quartier Pointe-St-Charles. Experts en la matière, les Chinois repassent leur vêtement depuis l’ère des Han, soit de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C. Ils inventent le premier outil de lissage à chaud: une cassolette remplie de braises, que l’on passait à quelques centimètres du tissu pour le lisser. Une reproduction de peinture sur soie chinoise datant du XIIe siècle illustre d’ailleurs l’utilisation de l’objet.
C’est seulement à la fin du XIXe siècle que le fer à repasser électrique fait son apparition, d’abord aux États-Unis. Avant cela, la ménagère a connu tous les aléas, du fer à chauffer directement sur le poêle à celui à l'essence (dangereux), à l’alcool et même au gaz, qui dégageait de l’oxyde de carbone à la source de plusieurs maux de tête.
Mais bien avant l’ère «moderne», des fers à craqueler et des pinces à tuyauter ont servi à plisser des bandes de tissus et de dentelles, telles ces fraises à la Médicis, très à la mode à durant la Renaissance.
On retrouve tous les modèles de fer cité en démonstration à la Maison St-Gabriel, en plus de divers sections ludiques, dont un quiz interactif sur les expressions utilisant le mot fer («Qu’est-ce que les noces de fer?» «Qu’est-ce que du bois de fer?» ou encore «Que signifie avoir une santé de fer»), ainsi qu’une section présentant des œuvres d’art contemporaines, dont une planche à repasser devenue fusée multicolore quasi totémique et un humoristique «Ferdivarius», un drôle de «fer violon», vous l'aurez compris.
Une directrice très fière
Sœur Madeleine Juneau, dynamique directrice générale de la Maison St-Gabriel a elle-même un lien d’amour avec le repassage.
Il ne se passe pas une journée sans que je repasse. C’est très important d’être bien mis, c’est une question d’élégance», indique la directrice de musée.
Si, selon cette dernière, le repassage est un art en soi, il permet assurément la création d’œuvres vestimentaires incontestables, des sublimes broderies des habits d’enfants d'antan et du magnifique tablier du dimanche de la ménagère modèle, aux habits des bourgeois, monarques et empereurs.