Un des nombreux problèmes qui a mené General Motors et Chrysler au bord de la faillite était la surproduction chronique des usines nord-américaines. Il faillait absolument gardé le niveau de production élevé pour conserver le plancher d’emploi. Comme les gens achetaient moins, il fallait vendre les voitures à rabais. Et qui dit vente à rabais, dit baisse de profits.
L’Europe fait présentement face au même problème. Les ventes de véhicules sont en chute libre depuis plus de deux ans en Europe et les grands syndicats sont un peu à l’image des syndicats canadiens et américains. Il faut que la machine tourne à plein régime pour être rentable. Or, plusieurs compagnies comme Fiat tournent à peine à 50% de leur capacité de production et les menaces de fermeture d’usine commencent à se faire très sérieuses. La semaine dernière, Renault a insisté lourdement sur la difficulté qu’il y a à gagner de l’argent en Europe et ont l’un après l’autre remis en débat la fameuse question des surcapacités de production. Renault ajoute qu’il est difficile d’imaginer dans le contexte actuel de laisser toutes les usines ouvertes. Et l’Europe tombe aussi dans les mêmes pièges que les constructeurs américains. Il y a en ce moment une guerre de prix pour vendre un grand volume de véhicules qui ne trouvent pas preneurs. Renault soulignait qu’il est impossible de demeurer profitable en pratiquant de telles politiques de prix. Un discours déjà entendu ici.
Selon différentes sources, l’Europe qui vendait dans ses bonnes années autour de 16 millions de véhicules est maintenant autour de 13 à 14 millions. On estime que la surcapacité de production serait entre 3 et 6 millions de véhicules. Ce qui explique la guerre de prix pour écouler un énorme surplus d’inventaires généré par cette surproduction. Depuis le passage à vide de General Motors et Chrysler en juillet 2009, les États-Unis ont diminué leur capacité de production de près de 5 millions d’unités. La bonne santé des constructeurs américains aujourd’hui correspondant à une saturation des outils ayant survécu, on en déduit assez naturellement que l’Amérique semble ainsi montrer la voie. On aurait ainsi en Europe différé l’échéance et mis les constructeurs européens, dans la compétition internationale, dans une position telle que leurs capacités à dégager des profits dans leurs bases domestiques seraient quasi impossibles et les marchés extérieurs sont la seule planche de salut. Tout comme l’Amérique d’il y a trois à cinq ans, l’Europe fait face à une problématique qui les oblige à être dans un marché à la hausse pour être rentable, ce qui ne sera pas le cas pour plusieurs années encore.
L’Europe qui, en ce moment, se bat contre les fermetures d’usine, tente de conserver ses emplois et espère le retour d’un marché prospère se cache la tête dans le sable. Les estimations de groupe de recherche évaluent à près de 20 millions le nombre de véhicules qui devraient être vendus en Europe pour que les compagnies automobiles retrouvent un équilibre financier. Tout le monde s’accorde à dire que ses chiffres relèvent de l’utopie. L’Année 2012 s’annonce modeste avec des prévisions de 13 millions d’unités. Il faudra donc que les autorités prennent des décisions dans le sens de la logique et consentent à réduire la taille et la production de plusieurs compagnies pour être capables d’affronter l’avenir. C’est pour cela entre autres que Peugeot et GM sont devenus partenaire. Peugeot amène sa technologie (surtout dans les petits moteurs et les Diesel) à GM qui en a besoin. En retour GM ouvre des marchés à Peugeot qui elle aussi en a bien besoin. Nous allons voir plusieurs autres fusions dans ce genre dans les prochaines années
Sergio Marchionne l’a bien souligné lors de son passage à Montréal l’an dernier. D’ici quelques années, il restera 12 à 15 grands constructeurs automobiles sur la planète et il y aura 2 ou 3 groupes chinois dans le lot. Il faut donc que les groupes européens cessent de se mettre la tête dans le sable, car ils vont subir le même sort que GM et Chrysler et c’est quelqu’un d’autre qui décidera de leur avenir.




