L’avant-projet de la Société du Havre propose de transformer l’autoroute Bonaventure en une artère urbaine entre les rues Saint-Jacques et Brennan et d’implanter dans les espaces ainsi libérés un quartier habité.
Projet Bonaventure : grosses interrogations concernant le logement
Le volet «logement» du projet de démantèlement de l’autoroute Bonaventure, élaboré par la Société du Havre de Montréal, suscite de grosses interrogations, comme on peut le constater à la lecture des mémoires présentés dans le cadre des audiences de l’Office de consultation publique de Montréal.
L’avant-projet élaboré par la SHM propose de transformer l’autoroute en une artère urbaine entre les rues Saint-Jacques et Brennan et d’implanter dans les espaces ainsi libérés un quartier habité.
Projet Montréal ne prédit pas un grand avenir à ce scénario. «Suivant le projet, les larges avenues de Nazareth et de Duke, avec chacune quatre voies de circulation, borderont les futurs îlots centraux et constitueront le segment final de l’autoroute Bonaventure. On peut conclure que ces îlots centraux n’ont aucune valeur et, aussi loin qu’on puisse le concevoir, qu’il ne s’y construira rien», croit le parti. «Qui souhaiterait habiter au centre d'une autoroute ou à proximité du corridor Dalhousie, où la SHM prévoit faire passer 1300 autobus chaque jour ?», s’interroge la conseillère municipale Sophie Thiébaut.
Projet Montréal propose de démolir l'autoroute. «En libérant ces deux quartiers – Faubourg des Récollets et Griffintown – du corridor autoroutier et en les reconnectant ainsi dans leur axe est-ouest, il deviendrait possible d'y construire un quartier de qualité, à vocation principalement résidentielle», soutient le parti.
La table de concertation Action-Gardien estime également que l’îlot central est «un espace tout à fait inadapté pour réaliser du logement, sous quelque forme que ce soit, surtout pas pour les familles». L’organisme recommande que le développement de logements se fasse plutôt dans les quartiers environnants – Griffintown, Faubourg des Récollets, Cité du multimédia –, «à condition qu’il y ait des commerces de proximité et que cela inclut une portion significative de logements sociaux».
Coordonnant la réalisation de projets d’habitation communautaire, le Groupe de ressources techniques Bâtir son quartier questionne également «la vivacité potentielle d’un espace aussi restreint et soumis à un flux routier important».
Même scepticisme du côté du POPIR-Comité Logement pour qui «le choix de construire en hauteur, entre deux boulevards urbains de quatre voies inquiète quant à la capacité des familles avec enfants à venir s’installer dans ce "Nouveau Montréal"».
«La typologie des logements projetés dans cet avant-projet en ce qui a trait aux îlots centraux nous semble peu indiquée pour répondre aux besoins des familles», juge aussi le Centre de santé et de services sociaux du Sud-Ouest–Verdun. «Il nous apparaît important de prévoir ce développement dans un secteur mieux adapté au bien-être des familles en milieu urbain», peut-on lire dans son mémoire.
«Nous croyons que le plan d’aménagement proposé par la Société du Havre vise simplement à remplacer une autoroute désuète par une nouvelle, sans véritables intentions d’en faire un milieu de vie convivial», estime pour sa part le Regroupement Information Logement. «Nous voyons mal comment construire un milieu de vie attrayant s’il est assailli de part et d’autre par une infrastructure routière comprenant de multiples voies». Dans son mémoire, l’organisme demande par ailleurs que la Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets résidentiels, prévoyant 15 % de logements sociaux et communautaires, soit appliquée sur tous les terrains compris dans le projet de revitalisation, et non uniquement sur les terrains municipaux.
Le Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RESO) demande pour sa part que des discussions soient amorcées rapidement entre les arrondissements Ville-Marie et du Sud-Ouest pour définir une stratégie pour l’inclusion de logements sociocommunautaires et abordables dans le projet.
L’arrondissement du Sud-Ouest considère «capital que l’offre de logement dans le nouveau quartier soit diversifiée pour répondre ainsi aux besoins des ménages à faible et à moyen revenus».
(Photo d’archives)