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Marchandisation de l’eau : oui, non, peut-être…

Marchandisation de l’eau : oui, non, peut-être…

Marchandisation de l’eau : oui, non, peut-être…

Publié le 20 Janvier 2009
Publié le 14 Avril 2010

Le Québec devrait-il vendre une partie de son eau pour garnir ses coffres? Une question pas facile à trancher, comme on a pu le constater lors d’un café scientifique organisé à l’école secondaire Honoré-Mercier.

Sujets :
Coalition Eau Secours , Institut économique de Montréal , école Honoré-Mercier , Québec , Alberta , Arabie Saoudite

La province doit-elle devenir l'Arabie Saoudite de l'eau? Julie Tessier, enseignante en science et technologie, et Eric Fusinato, enseignant en éthique et culture religieuse, ont posé la question à une trentaine d’étudiants de 4e secondaire. Pour alimenter les échanges, ils avaient également convié autour de la table Denise Brunelle, de la Coalition Eau Secours !, et Nicolas Milot, qui complète un doctorat en sciences de l’environnement.

Point de départ de la réflexion: en 2050, le Québec aura du mal à verser leur chèque de pension aux retraités. L’Alberta et Terre-Neuve engrangent les pétrodollars. Le Québec possède pour sa part plus de 3% des réserves d’eau douce de la planète. Si la province exportait annuellement 10 % de son eau renouvelable, comme l’a déjà suggéré l'Institut économique de Montréal, elle pourrait espérer des dividendes de 6,5 milliards de dollars. Doit-on emprunter cette voie? «On ne devrait pas la vendre.» «On devrait la partager avec le monde.», «On pourrait faire un prix d’ami à l’Afrique.» «On pourrait réduire notre consommation et vendre le surplus.» La position des étudiants oscillait entre le feu vert à l’exportation, l’élan de générosité envers les populations qui en ont besoin et le désir de partager gratuitement notre eau avec elles, et la volonté de conserver pour nous cette ressource. «L’eau ne nous permettrait pas de faire ce que fait l’Alberta», a indiqué Nicolas Milot. Pour lui, espérer des revenus de 6 à 7 milliards de dollars par année constitue un scénario «extrêmement optimiste». L’exportation se ferait essentiellement vers les États-Unis, a-t-il souligné.

Exporter de l’eau outre-mer nécessiterait des investissements majeurs et des coûts d’exploitation importants, a-t-il expliqué. «Si on veut aider l’Afrique, il vaudrait mieux donner de l’argent pour la construction d’usines de dessalement.» «Ça coûte moins cher de dessaler l’eau», a confirmé Denise Brunelle, qui a été enseignante pendant quinze ans à l’école Honoré-Mercier.

Fondée au milieu des années 1990 et comptant plus de 2200 membres, la coalition Eau Secours ! «est contre la marchandisation de l’eau», a rappelé Mme Brunelle, vice-présidente finance de l’organisme. «L’eau est un bien qui n’est pas comparable à rien d’autre. Elle appartient à la planète. Il faut en prendre soin», a-t-elle insisté. «Chaque goutte d’eau est sacrée et il n’y en pas une de trop.»

M. Milot a abondé dans le même sens. «L’eau n’est pas un bien de la même nature que les autres», a-t-il dit, tout en invitant à la prudence.

Présentement, rien n’est prévu concernant le commerce de l’eau dans l’Accord de libre-échange nord-américain. L’or bleu n’est pas considéré comme une marchandise. Or l’exportation constituerait «une porte ouverte qu’il serait difficile de refermer», a-t-il soutenu. En vertu de l’ALÉNA, «un pays ne peut exporter moins d’une ressource qu’il le faisait l’année précédente», a précisé Nicolas Milot. Prudence donc, d’autant plus qu’au Québec, «on connaît mal l’état de la ressource».

Selon Denise Brunelle, si on se préoccupe de la santé des finances de l’État, on pourrait d’abord envisager une diminution de notre consommation d’eau, à commencer par les secteurs commercial, agricole et industriel qui en pompent 80 %. Une réduction de notre consommation se traduirait par des économies au chapitre du traitement des eaux.

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