Des étudiants et des enseignants en droit qui s’intéressaient plus particulièrement à la notion de droit et de pauvreté sont à l’origine de la création de l’organisme, relate l’avocate Lise Ferland, coordonnatrice depuis 1989. «Pourquoi à Pointe-Saint-Charles? Parce que ça bougeait beaucoup», souligne-t-elle.
L’objectif était d’offrir des services juridiques gratuits, explique Mme Ferland, rappelant que c’est seulement en 1972 qu’a été adoptée par l’Assemblée nationale la Loi sur l’aide juridique. Le réseau des bureaux a été mis en place l’année suivante. Auparavant, accéder gratuitement à des services juridiques n’allait pas de soi. «Ce n’était pas un droit. Plus un privilège», note la coordonnatrice. «Les besoins étaient là. La clinique a établi une sorte de modèle.»
Les dossiers traités aux premières heures? Des saisies de meubles, des évictions de loyer, des coupures de gaz et d’électricité l’hiver. «Quand il y avait une saisie, les avocats de la clinique débarquaient et représentaient les citoyens», raconte Mme Ferland. Ces «avocats volants» n’avaient pas encore terminé leur formation. «Ils n’avaient pas complété leurs études, mais ils étaient pleins de bonne volonté. La volonté remplaçait l’expérience», dit-elle.
Statut particulier
La clinique de Pointe-Saint-Charles a intégré le réseau de l’aide juridique en 1974 et agrandi son rayon d’action cette même année en desservant la Petite-Bourgogne.
L’organisme a obtenu un statut particulier accordé à seulement une autre clinique dans la province, celle de Gatineau, qui vient de mettre la clé sous la porte, indique Mme Ferland. D’une part, la clinique était mandatée pour offrir les services d’aide juridique. D’autre part, reconnu comme organisme à but non lucratif, avec un conseil d’administration formé de citoyens, il plaçait aussi au cœur de son action l’engagement communautaire, la défense des droits, la participation aux luttes du quartier. «Dans notre pratique, nous avons toujours essayé d’avoir une vision large de la loi», fait remarquer Lise Ferland.
C’est ainsi qu’en 1973-1974, l’organisme s’est retrouvé sur la ligne de front pour empêcher la démolition de la bibliothèque de Pointe-Saint-Charles située sur le tracé d’une route que la Ville de Montréal voulait aménager. Il a bataillé pour la salubrité des logements et travaillé avec les chômeurs âgés de plus 65 ans pour faire reconnaître leurs droits. L’organisme a également oeuvré avec les coopératives d’habitation du côté de la Petite-Bourgogne. Il a aussi fait entendre sa voix chaque fois que le gouvernement a voulu adopter des mesures ayant pour objectif de restreindre l’accès à l’aide juridique et réduire le panier de services. Un combat qui n’est d’ailleurs pas terminé, Québec ayant procédé à une hausse des seuils d'admissibilité. «C’est un dossier sur lequel on continue de travailler», indique Lise Ferland. À quelques reprises au cours de ses quarante ans d’existence, l’organisme a aussi dû livrer quelques batailles pour sa propre survie. En 1977, au bord de la fermeture, il a lutté pour obtenir un meilleur financement. Au milieu des années 1990, nouveau combat pour son autonomie alors que le gouvernement allait de l’avant avec la fusion de bureaux d’aide juridique. «Nous, on ne voulait pas mourir. On a chiâlé fort pour rester là», se souvient Lise Ferland. La communauté a aussi levé le ton. «Dans la Pointe, quand il y a une crise, les gens se mobilisent», se réjouit la coordonnatrice. «Il y a une reconnaissance de l’importance de la ressource.»




