Où s’en va l’Église catholique au Québec?
La vente prochaine de l’église Notre-Dame-de-la-Garde de Verdun, à quelques jours des fêtes de Noël et du Nouvel An, incite à réfléchir sur l’avenir d’une institution qui a façonné la société canadienne-française depuis l’époque de la Nouvelle-France, jusqu’au Québec de la Révolution tranquille.
Des églises catholiques ferment ou changent de dénomination religieuse, faute de fidèles, faute de prêtres et de ressources financières. L’Église, qui était au centre de la vie sociale et communautaire des villes et villages, n’est plus qu’un lieu qu’on fréquente lors de baptêmes, de funérailles, et parfois de mariages. Certains assistent à la messe de minuit, parce que c’est très pittoresque, et que ça met de l’ambiance pour trouver de bonnes raisons de s’empiffrer, une fois revenus à la maison. La vie contemporaine a soif de rites qui lui manquent cruellement. Autrefois, le calendrier liturgique modulait la vie des gens comme le rythme des saisons et les travaux dans les champs.
La crise d’identité de la société québécoise, dont il a été fait mention aux audiences de la Commission Bouchard-Taylor, n’est pas sans rappeler les inquiétudes reliées à l’absence de références stables dans notre environnement. C’est vrai de la religion, mais aussi du monde des affaires et de la politique. On ne peut plus faire confiance à personne, les Black, les Lacroix et autres personnages du même genre, rendent les gens inquiets et méfiants. Peu importe le souci de moralité, les valeurs établies répondent à un besoin de sécurité, ils sont une référence qui s’estompe de plus en plus, dans une société mercantile
Le Québécois moyen, comme la plupart des Occidentaux, se retrouve de plus en plus isolé. Isolé devant son téléviseur, isolé devant son ordinateur et isolé malgré la foule, dans son magasinage au centre commercial: l’individualisme s’impose aux dépens du collectif.
Comme Janus, l’Église a deux faces, un courant conservateur bien représenté par le cardinal Marc Ouellette ou alors un courant plus contestataire avec l’abbé Raymond Gravel, ex-curé et député. Les conservateurs s’inspirent d’une fausse image de la réalité, en pensant ramener la pratique religieuse comme au temps du Pape Pie XII. Les réformistes eux, souhaitent des changements qu’ils ont du mal à décrire, malgré les contradictions et le malaise qu’ils ressentent dans l’Église traditionnelle. Pendant ce temps, l’appel à la laïcité reçoit une écoute attentive par son message simple et sans ambiguïté.
Montréal, «la ville aux cent clochers», en a perdu quelques-uns et en perdra encore. Toutefois l’Église catholique gagnera peut-être en devenant une Église sans mur, ouverte aux autres, une Église sans domicile fixe. À l’exemple des premiers chrétiens, ces révolutionnaires pourchassés et bannis de l’Empire, les croyants de demain, hommes ou femmes, seront tous porteurs du viatique, faute de clergé et d’églises.