MONTREAL - Un an après l'entrée en vigueur de la liste canadienne de passagers interdits de vol ou sous surveillance, la Ligue des droits et libertés souhaite avoir une meilleure idée de ce que vivent les voyageurs qui se retrouvent, à leur insu, sous le radar des gouvernements.
La Ligue s'est jointe récemment à la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles, qui compte une trentaine de groupes de défense des libertés civiles à travers le Canada, afin de réaliser une étude qui recueillera les témoignages de voyageurs qui ont eu des démêlés avec des compagnies aériennes, des fonctionnaires ou des agents des douanes, au moment de traverser la frontière.
"Il y a des gens qui sont systématiquement interceptés parce que leur nom apparaît sur une liste, a expliqué Martine Eloy, de la Ligue des droits et libertés. Ils sont interrogés pendant des heures sans raison, de sorte qu'ils ratent leur liaison (aérienne). D'autres se voient refuser de monter à bord ou sont retenus une fois arrivés à destination."
Elle donne l'exemple de Robert et James Kenny, fils du sénateur libéral Colin Kenny, qui se voyaient interceptés à chaque déplacement entre le Canada et les Etats-Unis.
"Le sénateur a écrit au ministre des Transports, Lawrence Cannon, pour lui demander d'intervenir puisqu'il n'existait aucun motif valable pour que ces fils subissent ces arrestations, a relaté Mme Eloy. Dans sa réponse, le ministre lui a suggéré que ses fils se présentent plus tôt à l'aéroport, qu'ils amènent des documents additionnels pour faciliter la vérification de leur identité.
"Il lui a précisé que ses fils n'étaient pas sur la liste canadienne d'interdiction de vol et qu'il lui fallait donc s'adresser à la direction du programme d'enquête sur les doléances des voyageurs aux Etats-Unis (...). Et il lui a fourni une adresse Internet. Si cela est la réponse qu'obtient un sénateur, on s'imagine bien la réponse qu'obtiendrait un simple citoyen", a-t-elle ajouté.
Il n'existe actuellement aucune statistique sur le nombre de personnes qui prétendent que leur droit à la libre circulation a été brimé. La Ligue estime que les récits cauchemardesques rendus publics ne sont probablement que la pointe de l'iceberg. A titre d'exemple, un transporteur aérien américain a enregistré, en une seule journée, 9000 erreurs d'identité.
La Ligue rappelle qu'une très grande majorité des personnes listées à leur insu n'ont pas été inculpées ni même accusées de quoi que ce soit. Elles figurent souvent sur la liste américaine et non canadienne des compagnies aériennes et un grand nombre d'entre elles proviennent de communautés culturelles.
Les voyageurs qui souhaitent partager leur incident peuvent le faire par le biais d'un site Internet, au www.surveillancedesvoyageurs.ca, ou par une ligne téléphonique sans frais au 1-866-613-0778.
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