MONTREAL - La Fédération des médecins spécialistes du Québec soutient que le tiers de ses membres qui croyaient pouvoir travailler au futur CHUM ne pourront le faire, parce que leur spécialité disparaîtra en tout ou en partie ou que la direction estime qu'ils n'ont pas le calibre suffisant. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, nie toutefois cette affirmation.
Selon l'organisation syndicale des médecins, les spécialités qui seraient victimes d'attrition, à différents degrés, seraient l'ophtalmologie, la psychiatrie, la rhumatologie et l'endocrinologie, par exemple.
Le président de la fédération, le docteur Gaétan Barrette, précise que les spécialistes qui ne trouveront pas de place au CHUM devront aller travailler ailleurs, puisque celui-ci n'offrira pas tout l'éventail des spécialités médicales, contrairement à ce que devrait faire un véritable centre hospitalier avec une vocation d'enseignement de la médecine.
Mais le ministre de la Santé et des Services sociaux réplique que le projet a toujours prévu que le CHUM conserverait ses spécialités en ayant sa mission d'enseignement de la médecine et que l'Hôpital Notre-Dame deviendrait un hôpital conventionnel de 300 lits desservant sa communauté.
"Il y a 35 spécialités actuellement; il y en aura 35 dans le nouveau CHUM", a assuré le ministre Bolduc, en réplique au docteur Barrette.
Le président de la fédération trouve la situation inacceptable et demande formellement à rencontrer la direction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), ou encore que le premier ministre Jean Charest prenne le dossier en main.
Le représentant syndical des médecins spécialistes avoue du même souffle que c'est ce palier local qui pose problème, dans la gestion du projet, et non le palier provincial.
Le docteur Barrette a décrit tristement l'humeur de ses membres travaillant au CHUM. "Nous avons un corps médical démotivé, non entendu", a-t-il dit.
Il décèle toutefois une lueur d'espoir chez ses membres pour que la fédération obtienne les changements requis auprès de l'administration du CHUM et du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Le ministre Bolduc n'a visiblement guère apprécié la sortie de la Fédération des médecins spécialistes et semble douter de son intention. "La question que je vais poser aux médecins, c'est 'le voulez-vous le nouveau CHUM'?", a-t-il lancé.
Le ministre ne prise pas que le projet soit encore ponctuellement remis en question, alors qu'on en parle depuis des années et que le dossier devait être clos. L'ouverture du CHUM est toujours prévue en 2013.
Budget
Par ailleurs, le docteur Barrette croit toujours possible de réaliser le CHUM avec le budget prévu à l'heure actuelle, mais le vrai budget, pas celui qu'on a prétendu avoir conservé, malgré la hausse normale des coûts de construction et l'inflation.
"Pour ce qui est des coûts, ce qui est étonnant, aujourd'hui, ce n'est pas qu'on dise qu'il y a 400 millions $ de dépassement; ce qui est étonnant, c'est qu'on ait dit qu'on était encore à 1,5 milliard $. Oui, c'est plus élevé que ça l'était, au moment où on a sorti le 1,5 milliard $, mais on est plus loin que ça. Le montant qui est sur la table permet de faire un CHU approprié tel qu'on le dit", a-t-il déclaré.
Le ministre Bolduc, quant à lui, continue d'affirmer qu'"on est encore à l'intérieur de l'enveloppe" budgétaire et que la croissance normale des coûts avait été prévue. Il avoue cependant qu'on n'en connaîtra le coût véritable que lorsque le partenaire privé aura été choisi. Pour le moment, "c'est encore raisonnable", croit-il.
De son côté, le docteur Barrette continue de croire que le site choisi, du 1000 St-Denis, soit celui de l'Hôpital Saint-Luc, n'est pas le bon, parce que trop restreint. Il souligne que tous les hôpitaux sont destinés à prendre de l'expansion, surtout un centre hospitalier universitaire, qui doit suivre les nouvelles technologies.
Des contacts qu'il a eus avec les gens d'affaires, le docteur Barrette en conclut que ceux-ci ne voudront pas investir "dans un projet qui est du rafistolage" comme celui du CHUM sur le site de l'Hôpital Saint-Luc. Il dit même les comprendre de ne pas vouloir investir de fonds.
Réactions
A Québec, au nom de l'Opposition officielle, le député adéquiste Eric Caire s'est plaint de ce qu'il perçoit comme un manque de leadership et une incertitude persistante dans le dossier. "Pour le moment, ce que le ministre nous livre, c'est un portrait flou, c'est des messages contradictoires, c'est l'image de quelqu'un qui rapporte des messages mais qui ne connaît pas son dossier. Et là ce qu'on veut, à partir de maintenant, c'est qu'il y ait un pilote dans l'avion, sinon, je le répète, nous retirons notre appui à ce projet-là et nous referons tous les débats qui devront être faits pour s'assurer que le Québec, que Montréal est doté d'un centre universitaire digne de ce nom", a-t-il dit.
Du côté du Parti québécois, le député Bernard Drainville a déploré le manque de transparence du gouvernement dans le dossier du CHUM. "Le problème, c'est que la population est en train de perdre confiance parce que le ministre ne leur dit pas la vérité. Le ministre doit nous dire la vérité sur le coût, sur l'échéancier, où est-ce qu'il va trouver l'argent, les 400 millions $ qui vont manquer. S'il ne nous dit pas la vérité sur le projet, comment peut-on s'étonner après ça que la population doute de ce projet-là?", a dit Drainville.
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