Le chef du NPD Jack Layton. LA PRESSE CANADIENNE /
MONTREAL - Non seulement le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe doit faire face à ses trois adversaires politiques pendant la campagne électorale, il s'est retrouvé avec un quatrième ennemi sur les bras, mercredi, et de surcroît en provenance de ses propres rangs.
M. Duceppe a eu droit à un réveil brutal, gracieuseté de Jacques Brassard, ancien ministre péquiste, qui dans une lettre ouverte varlopait allègrement le Bloc.
La charge de M. Brassard, qui critique les prises de position trop à gauche du Bloc, a placé le leader bloquiste sur la défensive tout au long de cette quatrième journée de campagne.
"Si vous me demandez si je suis content qu'il pense cela, bien sûr que je ne suis pas content", a admis M. Duceppe, sur les ondes d'une radio de Sherbrooke.
Du même souffle, il a ajouté que la sortie en règle de M. Brassard ne l'étonne pas puisque ce dernier véhicule ce genre de propos depuis des mois dans une chronique qu'il tient au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le chef bloquiste a retourné coup pour coup, décrivant Jacques Brassard comme un va-t-en-guerre. Il a aussi rappelé que les positions du Bloc sont souvent calquées sur les motions adoptées unanimement à l'Assemblée nationale.
Dans sa lettre ouverte publiée dans l'édition de mercredi de La Presse et du Quotidien, l'ancien ministre du Parti québécois souligne qu'en mettant la souveraineté à l'arrière-plan et devant la fin du débat sur le déséquilibre fiscal, le Bloc est devenu une version édulcorée du Nouveau Parti démocratique (NPD).
"Il me semble que le Bloc est désemparé d'avoir perdu ces fringants chevaux de bataille qu'étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal. Alors il sort de l'écurie les vieilles "picouilles" de gauche", écrit M. Brassard, faisant référence au protocole de Kyoto, la haine des Américains ou le contrôle des armes à feu.
Un cinquième joueur aux débats
Après quelques journées de controverse, la pression publique aura fait céder les deux chefs récalcitrants à voir la leader du Parti vert, Elizabeth May, prendre part aux débats télévisés des chefs.
Le chef conservateur, Stephen Harper, a été le dernier à rendre les armes et à retirer son ultimatum pour bloquer la participation de Mme May.
Sa décision ne s'est pas faite de gaieté de coeur pour autant. En fait, c'est le changement de cap du chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, qui a modifié la donne.
Devant la pression exercée par ses propres militants, M. Layton a décidé de reculer et de ne plus s'opposer à l'inclusion de Mme May aux débats.
MM. Harper et Layton avaient posé un ultimatum au consortium des médias qui produisent l'événement, avançant que si la chef des verts était de la partie, le débat se ferait sans eux. Devant le changement de position des deux hommes, le consortium a confirmé que la chef des verts était désormais invitée.
"En autant que Stephen Harper y soit, je me fiche de qui d'autre est sur scène", a déclaré M. Layton dans son autocar de campagne, qui faisait route dans la région de Toronto.
M. Layton en avait assez de cette "distraction" qui faisait ombrage à son début de campagne électorale. Mercredi, le chef néo-démocrate a promis de verser 8,2 milliards $ en quatre ans pour favoriser des "emplois verts" dans le secteur manufacturier, et éviter que le Canada perde des emplois au profit d'autres pays.
Harper se fait plus précis sur l'Afghanistan
Par ailleurs, le chef conservateur a aussi tenté de rassurer l'électorat en affirmant que la mission militaire canadienne en Afghanistan prendra fin en 2011.
Il s'est montré un peu plus précis qu'auparavant, fermant la porte au redéploiement des soldats canadiens dans d'autres régions de l'Afghanistan.
"Je ne pense pas vraiment que le public canadien aurait beaucoup envie de continuer après ça (2011). Je pense que même à l'intérieur des Forces canadiennes, les militaires n'auraient pas envie de voir continuer les rotations, bien qu'ils ne l'admettraient probablement pas", a admis M. Harper, qui faisait campagne dans la grande région de Toronto.
Le chef libéral, Stéphane Dion, n'a pas manqué de tourner en ridicule cette déclaration de son adversaire.
"Il change de position sur Mme May (sur les débats télévisés), il change de position sur l'Afghanistan. On espère d'autres bonnes nouvelles. Peut-être va-t-il arriver avec un vrai plan sur les changements climatiques", a-t-il raillé.
Mercredi, M. Dion a profité de la crise de confiance envers l'industrie alimentaire pour promettre qu'un gouvernement libéral embaucherait une centaine d'inspecteurs des aliments de plus pour protéger les Canadiens contre les intoxications. Il a fait part de cet engagement à l'occasion d'une visite à Walkerton, cette ville du Sud de l'Ontario où une bactérie transmise par l'eau avait fait sept morts en l'an 2000.
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