OTTAWA - Un juge de la Cour d'appel de l'Ontario présidera la Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats fédéraux pour autochtones, qui vise à faire de la lumière sur des allégations de mauvais traitements qui se seraient produits dans ces écoles.
Le juge Harry LaForme, lui-même autochtone, a déclaré lundi que la commission, qui devrait amorcer ses travaux le 1er juin, n'a pas pour objectif de jeter des blâmes, mais bien de découvrir la vérité.
Inspirée des audiences tenues en Afrique du Sud après la fin de l'apartheid, la commission permettra aux anciens élèves et employés de l'Eglise de raconter leur histoire. Le juge de 61 ans s'est dit fier de vivre dans un pays qui est prêt à examiner un chapitre "horrible" de son histoire.
Le chef national de l'Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, a lui-même été victime d'agressions à l'école manitobaine Fort Alexander. "En troisième année (...) s'il y avait 20 garçons, chacun d'entre eux (...) avait vécu ce que j'avais vécu. Ils ont vécu une forme d'agression sexuelle", racontait-il en 1990.
M. Fontaine a affirmé lundi que la commission est bienvenue, mais en retard. Il s'est d'ailleurs dit désolé pour les milliers d'anciens élèves qui sont morts avant d'avoir pu y témoigner. "La réconciliation et la guérison ont toujours été nos objectifs. Il n'y aura plus de secrets."
Plusieurs anciens élèves des pensionnats pour autochtones ont par ailleurs manifesté leur désir de recevoir des excuses officielles du gouvernement fédéral. Le ministre des Affaires indiennes, Chuck Strahl, a admis lundi que la commission et les excuses sont toutes deux en retard, précisant qu'il est préférable de bien faire les choses que de les faire à la hâte. Il a ajouté qu'on peut s'attendre à des excuses plus tard ce printemps.
Deux autres commissaires seront nommés pour épauler M. LaForme. Plus de 300 réponses ont été reçues à la suite d'un appel lancé auprès du public. Le comité de sélection était formé de représentants d'organisations autochtones nationales, de l'Eglise et du gouvernement.
La commission fait partie d'un accord d'indemnisation pour les pertes culturelles, les mauvais traitements et les décès survenus dans ces écoles. Les différents paiements et programmes devraient s'élever à 4 milliards $.
La commission devrait examiner des documents indiquant que des milliers d'élèves sont décédés de tuberculose parce que des enfants malades n'ont pas été retirés des dortoirs surpeuplés.
Ottawa a déjà versé 1,3 milliard $, sous forme de chèques s'élevant en moyenne à 28 000 $, à quiconque pouvait prouver qu'il avait fréquenté ces écoles, dont l'objectif était d'évangéliser les membres des premières nations en passant par leurs enfants.
La commission, dont les travaux devraient coûter 60 millions $, examinera des documents du gouvernement et de l'Eglise afin de compiler ce qu'Ottawa décrit comme "un rapport historique détaillé sur les politiques et les activités de ces écoles". Un rapport public, incluant des recommandations, sera publié et un centre de recherche sera créé, accompagné d'un hommage aux anciens élèves.
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