OTTAWA - Critiqué depuis plusieurs jours pour son inaction, le Canada a finalement répondu à l'appel des Nations unies et annoncé mardi qu'il consacrerait 50 millions $ de plus que prévu à lutter contre la faim dans le monde cette année.
L'annonce faite par la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, survient à la veille de la date limite fixée par l'ONU, qui considère la crise alimentaire mondiale comme "le problème numéro 1 de la planète" devant le réchauffement climatique.
Au total, le pays donnera 230 millions $, dont l'essentiel sera versé au Programme alimentaire mondial (PAM), un organisme chapeauté par les Nations unies qui fournit de l'aide d'urgence et tente d'aider les communautés de plusieurs pays démunis à s'autosuffire.
Cela fait du Canada le deuxième donateur au PAM, derrière les Etats-Unis. Pour le premier ministre Stephen Harper, le pays a désormais fait "plus que sa part" pour dénouer la crise alimentaire mondiale.
La ministre Oda a par ailleurs annoncé que cette aide ne serait pas liée, c'est-à-dire que le PAM pourra s'approvisionner auprès des fournisseurs de son choix, pour répondre le plus efficacement possible aux besoins des populations affamées.
La représentante du PAM, Terri Toyota, a salué cette initiative qui permettra à l'organisme d'obtenir de meilleurs prix, de réduire ses frais de transport et de soutenir l'agriculture régionale, quand cela est possible.
D'après Mme Toyota, 80 pour cent de la nourriture distribuée par le PAM est désormais achetée aux pays en voie de développement plutôt qu'aux pays industrialisés, comme c'était le cas il y a quelques années.
L'annonce a aussi été bien reçue par les organisations d'aide au développement. "C'est très positif et on devrait féliciter le gouvernement", a déclaré Gerry Barr, président du Conseil canadien pour la coopération internationale.
Les 50 millions $ du Canada constituent cependant à peine 6 pour cent du montant que le PAM estime nécessaire pour faire face à la crise alimentaire mondiale, qualifiée par sa directrice générale Josette Sheeran de "tsunami silencieux".
Le PAM a contribué à nourrir quelque 88 millions de personnes l'an dernier. Rien ne permet de croire que la contribution spéciale du Canada et d'autres pays lui permettra d'accroître ce nombre, même si les besoins sont de plus en plus grands.
L'organisme a en effet indiqué récemment qu'en raison de l'augmentation faramineuse des prix, son budget actuel ne lui permettrait de répondre qu'à 60 pour cent de la demande.
Sans aide, le PAM sera forcé de réduire ses rations ou de limiter son aide aux plus pauvres parmi les pauvres, a indiqué Mme Toyota.
En annonçant son soutien au PAM, le Canada a précisé qu'il souhaite que 10 millions $ servent à fournir de la nourriture aux Haïtiens, et particulièrement aux femmes enceintes et aux jeunes enfants, qui sont très vulnérables.
Mme Oda a d'autre part annoncé que le Canada haussait de 5 millions $ sa contribution à la Banque de céréales vivrières du Canada, une coalition de groupes religieux qui achète de la nourriture et la distribue à ceux qui en ont besoin. Ottawa versera 25 millions $ à ce groupe en 2008.
Même s'il se dit préoccupé par la crise alimentaire, le gouvernement conservateur n'a aucunement l'intention de cesser d'encourager la production d'éthanol et de biocarburant, pourtant considérée comme l'une des causes de la flambée des prix des céréales dont le maïs.
D'après la ministre, 95 pour cent des terres agricoles du Canada servent toujours à produire de la nourriture. "Notre approche pour les biocarburants est équilibrée et réaliste", a-t-elle insisté.
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