OTTAWA - Les Canadiens sont généralement en faveur d'une taxe sur les émissions carboniques, mais un nombre encore plus important verrait d'un bon oeil que le régime fiscal soit utilisé pour récompenser ou punir les comportements environnementaux, révèle un nouveau sondage.
Les conclusions de l'enquête, menée par Harris-Décima pour La Presse Canadienne, surviennent au moment où le Parti libéral du Canada semble de plus en plus intéressé à taxer les émissions carboniques et laissent entendre que cette manoeuvre politiquement risquée pourrait lui rapporter gros.
Par exemple, 62 pour cent des personnes interrogées ont dit être en faveur de l'imposition d'une taxe sur les émissions carboniques aux entreprises et individus en fonction de leurs émissions, contre 31 pour cent qui s'y opposaient.
Les Canadiens de toutes les provinces et de toutes les catégories d'âge appuient l'idée, selon le sondage. Même les habitants de l'Alberta, province riche grâce au pétrole, se sont dits en faveur de la taxe à 65 pour cent.
Les appuis sont encore plus importants quand on élargit la question. Ainsi, 70 pour cent des gens questionnés sont en faveur d'une taxe sur les émissions carboniques pour les entreprises et les individus, si les fonds recueillis sont ensuite consacrés à la promotion de comportements écologiques et au développement des sources d'énergie renouvelable. Vingt-deux pour cent des gens interrogés étaient contre cette idée.
Le sondage a été mené au téléphone auprès d'un peu plus de 1000 Canadiens entre le 1er et le 4 mai; la marge d'erreur est de 3,1 points, de pourcentage, 19 fois sur 20.
De plus, 73 pour cent des personnes questionnées croient que les entreprises et individus qui utilisent davantage d'hydrocarbures, d'eau et d'électricité, ou encore qui produisent davantage de déchets, devraient être pénalisés. Vingt-deux pour cent des gens interrogés s'opposaient à cette idée.
Mais les appuis les plus importants vont à un remboursement d'impôt versé à ceux qui réduiraient leur utilisation d'hydrocarbures, d'eau et d'électricité, ou encore leur production de détritus. Seize pour cent des personnes questionnées étaient contre, mais 80 pour cent étaient pour.
Selon le président de Harris-Décima, Bruce Anderson, ces résultats démontrent que la population est largement favorable à l'utilisation du régime fiscal pour punir les comportements qui nuisent à l'environnement et pour récompenser les comportements responsables. Il explique aussi que les politiciens qui présentent des idées environnementales très larges - au-delà des seuls gaz à effet de serre - recevront le plus d'appuis.
"L'idée de taxer les comportements nuisant à l'environnement et de récompenser les comportements contraires pourrait changer la donne pour le parti qui réussira à l'appliquer correctement et à l'expliquer clairement", croit M. Anderson.
Le risque politique de la taxe sur le carbone a été mis en lumière le week-end dernier lorsque le chef libéral, Stéphane Dion, a évoqué l'idée. Les conservateurs l'ont alors immédiatement accusé de vouloir faire souffrir davantage les Canadiens aux pompes à essence.
Les politiciens fédéraux ne sont pas sans ignorer qu'une taxe de 18 cents le gallon est à l'origine de la défaite du gouvernement conservateur minoritaire de Joe Clark en 1979. Les environnementalistes croient toutefois que le réchauffement climatique pousse le public à penser différemment. Ainsi, trois gouvernements provinciaux, ceux du Québec, du Manitoba et de la Colombie-Britannique, ont mis en place une taxe sur les émissions carboniques sans aucune conséquence politique.
Les principaux partis fédéraux ont appuyé, à différents degrés, l'idée de mettre un prix sur les émissions de gaz à effets de serre. Même les plus rébarbatifs, les conservateurs, ont promis de mettre à l'amende les entreprises qui ne respecteraient pas les cibles d'émissions imposées par le gouvernement.
La Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie a fortement suggéré au gouvernement d'imposer une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre. La Table ronde, dirigée par David McLaughlin, l'ancien chef de cabinet du ministre des Finances, Jim Flaherty, a précisé que la mesure permettrait de réduire de moitié les émissions carboniques d'ici 2050, avec un impact minime sur l'économie. Le ministre de l'Environnement, John Baird, a toutefois rejeté la proposition, affirmant qu'elle ressemblait à une "idée libérale".
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