Un homme travail dans une usine de riz en Ahmadabad, Inde le vendredi 25 avril, 2008. THE ASSOCIATED PRESS/Ajit Solanki
OTTAWA - La hausse du coût du pétrole et des céréales fait craindre à certains économistes, d'ici un an, une inflation catastrophique des prix des denrées alimentaires et une agitation politique jamais vues au Canada depuis trois décennies.
Ces experts précisent que cette situation est imputable, du moins en partie, aux politiciens qui ont injecté des milliards de dollars dans des projets erronés de développement des biocarburants.
"Ils ont potentiellement créé un monstre", a résumé Ian Lee, directeur du programme de maîtrise en administration des affaires de l'Université Carleton, en faisant référence aux politiques alimentaires et financières des gouvernements.
"Les nouvelles seront mauvaises", a ajouté M. Lee, qui prédit que le Canada connaîtra une hausse du prix des denrées alimentaires comme celle qui avait frappé le pays pendant le règne de Pierre Elliot Trudeau, durant les années 1970, si les coûts continuent d'augmenter sans surveillance.
A l'époque, M. Trudeau avait imposé des plafonds aux salaires et aux prix pour tenter de calmer une économie malmenée par une inflation hors de contrôle, provoquée par une augmentation marquée des prix des aliments et de l'énergie.
En dépit d'une augmentation importante du prix du pain, le taux d'inflation demeure relativement bas au Canada - à 1,4 pour cent en mars - grâce à la concurrence que se livrent les détaillants en alimentation et à la robustesse du dollar canadien.
Cependant, une hausse des coûts des denrées alimentaires et de l'énergie auront pour effet de faire doubler le taux d'inflation d'ici mars 2009, a estimé Marchés mondiaux CIBC dans ses plus récentes prévisions trimestrielles.
De plus, le Conseil canadien des distributeurs en alimentation a laissé planer, jeudi, la possibilité d'une hausse graduelle des prix de la viande et autres denrées alimentaires, au cours des prochaines semaines et prochains mois.
Et si jamais la piètre qualité de l'économie mondiale s'ajoutait à l'inflation des denrées alimentaires, la hausse perpétuelle du coût des céréales et du pétrole pourrait engendrer un choc des prix encore plus important d'ici un an, prédit M. Lee.
Ce dernier a réservé ses plus sévères critiques aux gouvernements, qu'il accuse d'avoir bouleversé les réserves mondiales de denrées alimentaires en investissant à grande échelle dans la production de biocarburants à base de maïs, notamment le biodiésel et l'éthanol.
"C'est probablement l'une des plus mauvaises décisions jamais prises, a affirmé M. Lee au sujet de la création de biocarburants issus de produits agricoles faisant traditionnellement partie de la chaîne alimentaire. C'a n'a eu aucun impact significatif sur les coûts de l'énergie, et d'énormes répercussions sur le prix des aliments."
Les conservateurs ont manifesté l'intention d'investir 2,2 milliards $, sur une période de neuf ans, dans le développement de l'industrie canadienne de biocarburants. Les Etats-Unis dépensent encore plus.
Tim Haig, président de l'Association canadienne des carburants renouvelables, blâme principalement les grandes pétrolières pour les hausses du coût des aliments.
"L'inévitable conclusion est que les coûts plus élevés des prix du pétrole sont la source première de la pression inflationniste sur les aliments", a affirmé M. Haig, la semaine dernière. M. Haig est président et chef de la direction de BIOX Corp., le plus important producteur de biocarburants au Canada.
D'autres raisons expliquent la hausse des coûts, dont la classe moyenne asiatique, de plus en plus imposante, et sa propension à consommer de la viande et des produits requérant plus d'énergie, ainsi que la spéculation.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne