HALIFAX - Le premier ministre Stephen Harper a dévoilé lundi une stratégie de défense de 30 milliards $ sur 20 ans, qui a rapidement essuyé un flot de critiques pour son arrivée tardive et son manque de précision.
S'adressant à un auditoire d'une centaine de militaires à Halifax, lundi, M. Harper a indiqué que, pour être pris au sérieux, un pays devait avoir la capacité d'agir.
Le plan vise à ajouter 5000 militaires aux forces régulières, faisant passer celles-ci de 65 000 à 70 000 d'ici 20 ans, et 6000 réservistes, dont le nombre atteindrait à terme 30 000.
Le gouvernement conservateur prévoit accroître la surveillance aux frontières et renouveler la chasse aérienne, les destroyers et frégates, les navires de patrouille, les hélicoptères de transport et les avions de recherche et sauvetage.
Stephen Harper a indiqué que ce plan contribuera également à la vigueur de l'économie, créant des milliers d'emplois pour les Canadiens.
La plupart des éléments de ce plan étaient toutefois déjà connus et très peu de nouveaux détails s'y sont ajoutés.
M. Harper a admis qu'il y avait peu de nouveaux éléments dans cette annonce, mais a insisté pour dire que le plan sur 20 ans représentait une nouvelle façon de faire les choses.
"La principale nouveauté de cette annonce est qu'il s'agit d'un plan à long terme, a déclaré le premier ministre. Nous mettons en place un plan de 20 ans avec des budgets croissants."
M. Harper a soutenu que les plans précédents souffraient d'une approche de dernière minute.
Une réserviste qui assistait au discours du premier ministre a dit croire aux promesses de M. Harper, mais aurait espéré que le nouvel équipement soit prêt plus tôt.
"Cela ne change rien. Vingt ans? Qui peut dire si Stephen Harper sera encore là dans dix ans, a lancé le sergent Joanne Henneberry. Le gouvernement parle d'appareils d'aviation et de bâteaux. Qu'en est-il de l'équipement nécessaire à notre entraînement?"
Dans son annonce de lundi, le premier ministre n'a pas mentionné que le remplacement de certains équipements avait déjà été remis à plus tard.
Le remplacement des appareils Buffalo de recherche et sauvetage, par exemple, a été repoussé à 2014, au plus tôt. Cela devait être fait il y a cinq ans.
Le manque de détails du plan a suscité le scepticisme parmi les critiques, qui ont clamé que les conservateurs avaient mis beaucoup de temps pour simplement confirmer des engagements pris au cours de la dernière campagne électorale.
Le sénateur Colin Kenny, président libéral du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, a indiqué que le doute persistait sur la capacité des conservateurs à atteindre les objectifs de recrutement.
Un rapport de performance du ministère de la Défense, publié en novembre dernier, concluait que le gouvernement n'avait pas alloué assez d'argent pour respecter les cibles établies en 2006.
"Ce qui est décourageant, c'est de voir ces gens tirer dans toutes les directions, a dit M. Kenny. Trois séries de chiffres ont été avancées par le gouvernement en l'espace de deux ans."
Les conservateurs se sont targués d'être le parti qui allait reconstruire les forces armées, mais l'opposition libérale a argué que ceux-ci auraient à dépenser beaucoup plus que 30 milliards $ sur 20 ans pour y arriver.
Le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense a soutenu que le budget annuel de la défense devrait passé de 18 milliards $ à 35 milliards $ d'ici 2011-2012. Dans l'annonce faite lundi, M. Harper a indiqué que son gouvernement s'engageait à accroître les dépenses annuelles à 30 milliards $ d'ici 2028.
"Ce que je ne vois pas nulle part dans cette annonce, c'est un engagement du gouvernement à investir de l'argent neuf", a affirmé M. Kenny.
Le porte-parole du Parti libéral du Canada en défense, Bryon Wilfert, a dit soupçonner que le dévoilement du plan était en fait une tentative du gouvernement pour détourner l'attention aux Communes de plusieurs scandales, incluant la relation passée du ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, avec la Montréalaise Julie Couillard, qui a entretenu des relations amoureuses avec des membres des Hells Angels.
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