QUEBEC - Le gouvernement n'est pas engagé sur une tendance vers la privatisation des soins de santé, a déclaré jeudi le ministre de la Santé, Philippe Couillard.
Il a soutenu que l'élargissement du nombre de chirurgies couvertes par une assurance privée demeure hypothétique.
"On veut faire évoluer l'accès pour l'ensemble des citoyens à l'ensemble des chirurgies pour éventuellement peut-être étudier la possibilité - vous voyez qu'il y a plusieurs si - d'étendre l'assurance à d'autres chirurgies, mais ce n'est pas quelque chose qui est assuré", a-t-il dit lors d'un point de presse.
Actuellement, il est possible de contracter une assurance privée afin de couvrir les chirurgies de la hanche, du genou et de la cataracte.
M. Couillard a soutenu que le système de santé devait toutefois évoluer afin de répondre aux besoins des gens. Il a donné l'exemple de la Loi 33 qui a donné une définition légale d'un système de cliniques privées.
"C'est un pas en avant dans le système de santé québécois, mais on avance là-dedans avec prudence, avec notre principe fondamental qui est le développement d'un système public de santé très fort, à l'intérieur duquel le privé joue un rôle de partenaire qui aide le système et non pas agit à son détriment", a dit M. Couillard.
Jeudi, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a affirmé qu'un réseau de santé privé parallèle se mettait insidieusement en place tandis que l'accessibilité aux soins publics diminuait.
Mme Carbonneau a soutenu que les produits d'assurance couvrant les soins dispensés par le secteur privé se multipliaient pendant que les pénuries de personnel s'aggravaient.
"Le phénomène des pénuries, loin de se résorber, s'aggrave dans les établissements ce qui rend encore plus difficile l'accès au réseau public, a-t-elle dit devant l'édifice de l'Assemblée nationale. On voit aussi apparaître énormément de nouveaux produits d'assurance, notamment contre les maladies graves, la perte d'autonomie. C'est vraiment, de façon pernicieuse, un réseau parallèle à deux vitesses qui est en train de se mettre en place."
La présidente de la Conférence des syndicats nationaux a accusé le gouvernement de ne pas faire le débat sur le financement des soins de santé "à visière levée".
Mme Carbonneau ainsi que son homologue de la Fédération des travailleurs du Québec, Michel Arsenault, ont confié jeudi à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, une pétition signée par 88 000 personnes préoccupées par cette question, qui a ensuite été déposée à l'Assemblée nationale.
Mme Marois a réaffirmé que son parti considérait qu'il ne fallait pas augmenter davantage la place du privé dans les soins de santé, se disant favorable à des gains de performance.
"On ne devrait pas ouvrir l'accès à de nouvelles chirurgies pour ce qui est des assurances", a-t-elle dit en recevant la pétition des syndicats.
Le porte-parole de l'opposition officielle, Eric Caire, a de son côté accusé les péquistes de vouloir ainsi ménager leurs relations avec les centrales syndicales.
Il a aussi répété la position de son parti en faveur de la possibilité que les médecins puissent travailler à la fois dans le secteur public et le privé.
M. Caire a soutenu qu'il ne fallait pas opposer le privé au public dans le débat sur les soins de santé.
"Je pense que le privé peut enseigner au public et le public peut enseigner des choses au privé aussi", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
Le dépôt de la pétition à Québec, jeudi, était le prélude d'une grande marche organisée par les syndicats à Montréal afin de manifester en faveur du système de soins publics.
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