PARIS - Avec mille et une précautions, le Musée du Louvre a commencé à mettre en caisses mardi les oeuvres qui seront exposées cet été au Musée national des beaux-arts du Québec, dans le cadre d'une exposition qui constituera sans aucun doute un des moments forts des fêtes du 400e.
Pour le patron du Musée national des beaux-arts du Québec, John Porter, il s'agissait d'un "moment magique", marquant l'aboutissement de cinq années de discussions et de négociations.
"Avec ce processus qui s'enclenche, ce dont on a rêvé depuis des années commence à se réaliser", a-t-il dit à un groupe de journalistes réunis sous la grande pyramide de verre qui signale l'entrée du prestigieux musée.
En tout, ce sont 270 oeuvres de toutes sortes (peintures, sculptures, tapisseries, dessins) venues des huit départements du Louvre qui seront réunies pour l'exposition "Le Louvre à Québec, les arts et la vie".
Leur transport se déroulera selon un protocole rigoureux. Il s'agirait d'explosifs ou de lingots d'or qu'on n'agirait pas autrement
"A chaque pièce correspond un rituel particulier. Les oeuvres qu'on nous prête aujourd'hui, il faut que le Louvre puisse les prêter à d'autres dans 500 ans. On travaille pour l'éternité", lance M. Porter.
Le premier souci est donc celui de la sécurité. Les oeuvres, qui couvrent 5000 ans d'histoire de l'art, voyageront en avion, mais les horaires de vols ne seront pas communiqués.
Chaque pièce sera accompagnée par un responsable en permanence, depuis son départ de Paris jusqu'à son arrivée au musée à Québec. Les oeuvres les plus grosses se retrouveront en soute, mais les plus petites, comme ce coffret d'ivoire du 14e siècle montré à la presse mardi, auront droit à leur propre fauteuil en première classe. Les livraisons commenceront la semaine prochaine et se poursuivront pendant plusieurs semaines.
Mardi, les déménageurs (une maison spécialisée fondée en 1760) ont commencé par emballer dans une double caisse de bois, avec un soin extrême, la plus imposante des sculptures prêtées au Musée national des beaux-arts du Québec. Il s'agit de "Zéphyr et Psyché", un sublime marbre réalisé au début du 19e siècle par le Belge Henri-Joseph Rutxhiel.
Ils ont ensuite rangé une autre oeuvre en marbre, "Daphnis et Chloé" (1827), du Français Jean-Pierre Cortot.
Le Musée national des beaux-arts du Québec et l'Etat québécois deviennent responsables des oeuvres dès que le dernier coup de marteau vient sceller la caisse qui les contient. C'est pour cette raison qu'on parle d'assurances "clou à clou".
"Le Louvre à Québec, les arts et la vie" coûtera1,5 million $ au Musée national des beaux-arts du Québec, qui est apparemment assuré de faire ses frais. Les oeuvres lui sont prêtées gratuitement par le Musée du Louvre.
Pourtant, l'opération a contribué à alimenter une polémique récemment suscitée par la décision du Louvre de louer 130 oeuvres (Botticelli, Véronèse, Rembrandt, Rubens, etc.) à un musée italien.
Evoquant cette nouvelle pratique, "La Tribune de l'art" a affirmé que le musée parisien allait facturer un million d'euros aux Québécois, une information erronée reprise par le quotidien Libération.
"Il n'y a pas d'argent entre nous. Ce n'est pas assorti d'un tarif de location. C'est une exposition d'amitié", a répété M. Porter, en rappelant que "ce n'est pas tous les jours qu'on peut travailler avec le plus grand musée du monde".
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