Jean Charest et Monique Gagnon-Tremblay sont aperçus sur cette photo d'archives. LA PRESSE CANADIENNE/Tom Hanson
QUEBEC - L'inauguration des fêtes du 400e anniversaire de la ville de Québec par la gouverneure générale du Canada, lors de son voyage officiel en France, n'est pas contradictoire avec le fait que le Québec est une nation entretenant des relations privilégiées avec l'Hexagone, a déclaré mercredi le premier ministre Jean Charest.
M. Charest a affirmé que la relation franco-québécoise "ne changera jamais" et qu'un seul événement ne pourrait pas la modifier.
Il a assuré que son gouvernement avait travaillé pour approfondir cette relation, soulignant qu'il a rencontré le président français, Nicolas Sarkozy, à trois reprises depuis un an.
"Le Québec va participer directement aux fêtes, a déclaré M. Charest lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. Et il n'y a absolument aucune contradiction entre le fait que la gouverneure générale du Canada - qui, soit dit en passant, est du Québec - soit présente en France, (avec le) fait que le Québec est une nation qui a des relations directes et privilégiées avec la France."
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a déploré que ce soit la gouverneure générale Michaëlle Jean - représentante de la reine d'Angleterre -, qui donnera jeudi, en France, le coup d'envoi des festivités marquant le 400e anniversaire de la fondation de Québec.
Elle a affirmé que le manque d'ardeur du premier ministre dans la défense de l'identité québécoise allait certainement réjouir les partisans de l'unité nationale canadienne.
"Comment le premier ministre des Québécoises et des Québécois peut-il expliquer son absence au lancement, en France, des festivités du 400e anniversaire de Québec, capitale de la nation québécoise, seule nation francophone en Amérique", a-t-elle demandé à M. Charest.
Elle l'a aussi accusé de tenter de se rattraper en se rendant la semaine prochaine en France, un voyage qui a été confirmé officiellement mercredi.
Afin de prouver que ce déplacement n'était pas improvisé, M. Charest a brandi la copie d'un article, publié en avril dans un quotidien régional français, annonçant sa présence à Bordeaux le 17 mai.
"Elle prétend que le voyage à Bordeaux a été improvisé et préparé à la dernière minute, alors que le journal le Sud-Ouest, le 18 avril dernier, annonçait que j'allais être présent justement à Bordeaux", a-t-il dit.
Le bureau de M. Charest a annoncé mercredi la visite en France du premier ministre, du 17 au 19 mai. L'emploi du temps de M. Charest n'a cependant pas été précisé autrement que par la transmission aux journalistes de l'article de Sud-Ouest indiquant qu'il assistera à Bordeaux, le 17 mai, au départ d'un trois-mâts qui doit traverser l'Atlantique jusqu'à Québec.
Mme Jean, qui a amorcé mardi un voyage officiel de cinq jours en France, a promis de parler au président Sarkozy de l'importance des communautés francophones canadiennes à l'extérieur du Québec.
Venue pour inaugurer les festivités françaises du 400e, qui débuteront véritablement à La Rochelle jeudi, elle a commencé son voyage en évoquant la volonté partagée par la France et le Canada de célébrer "la permanence du fait français" en Amérique et "plus particulièrement" au Canada.
A Ottawa, le Bloc québécois a accusé le gouvernement fédéral de tenter de récupérer de manière "grossière" les festivités en affirmant "que la fondation de Québec est aussi la fondation de l'Etat canadien".
"En 2008, ce n'est pas la naissance du Canada qu'on va fêter, c'est la fondation de la ville de Québec, le berceau de la nation québécoise", a déclaré le député bloquiste Pierre Paquette lors de la période des questions.
Le ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, qui est le lieutenant québécois du premier ministre Stephen Harper, a répondu à M. Paquette en affirmant que le BQ était le seul à tenter de récupérer cet événement historique, de manière à détourner l'histoire canadienne.
"Nous savons tous ici en cette Chambre que Québec est la première ville qui a été fondée il y a 400 ans et que Québec a donné lieu au Canada, et c'est ce que nous célébrons ensemble", a-t-il dit.
En matinée, à Québec, la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, avait affirmé que le gouvernement fédéral a injecté 110 millions $ dans le 400e anniversaire, et qu'il ne fallait pas l'empêcher de participer aux célébrations.
"Pour nous, le 400e, c'est la fête de la fondation de la ville de Québec, a-t-elle dit lors d'un point de presse. Bien sûr que la fondation de la ville de Québec a amené par la suite la création du Canada."
Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, a de son côté affirmé que le gouvernement du Québec était un des moteurs des fêtes du 400e et qu'il ne fallait pas voir les célébrations comme une guerre de visibilité entre les gouvernements.
"Il faut voir ça comme un travail d'équipe ou chaque partenaire veut aussi s'affirmer dans le processus et en même temps célébrer ces fêtes du 400e, a-t-il dit lors d'un point de presse. (...) On n'est pas au point d'une guerre de contrôle. Je dois dire que les choses se passent assez harmonieusement."
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