Leur heure de gloire
Certains lecteurs auront sans doute remarqué, au cours des dernières semaines, que j’assurais la couverture des Jeux d’hiver du Québec qui ont eu lieu au début du mois, dans la région de Repentigny. Comme tous mes confrères assignés à cette mission, j’en ai rapporté des souvenirs bien différents de ceux auxquels je m’attendais.
Je me souviens de ma première paire de « skis », vers l’âge de 10 ans. Ils consistaient en deux planches que mon grand-père avait taillées sommairement et dont l’extrémité avait été recourbée tant bien que mal en les faisant tremper dans un bain d’eau chaude. Mes compagnons du même âge n’étaient pas des skieurs professionnels, mais au moins, ils avaient droit à un équipement qui ressemblait quelque peu aux images qu’on en présentait dans les « catalogues » des grands magasins.
C’est à peu près à la même époque que j’ai découvert que d’autres enfants pouvaient utiliser de véritables patins à jouer au hockey sur des patinoires bien entretenues et munies de « bandes » pour arrêter la rondelle. Ces facilités n’étaient pas disponibles, dans les zones rurales, et le seul endroit où l’on pouvait patiner était sur des mares d’eau qui avaient parfois le temps de geler avant les premières neiges…
Les choses ont bien changé et j’en étais bien conscient, mais je n’avais pas réalisé, avant ces Jeux du Québec, à quel point les jeunes tirent profit des nouvelles facilités mises à leur disposition. Il fallait être sur place pour apprécier véritablement leur enthousiasme, leur dynamisme, leur joie de vivre. Dans les gymnases, les arénas, autour des pistes, l’atmosphère était vraiment exaltante. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la franche camaraderie qui existait entre les différents groupes de jeunes, en dépit de la saine compétition à laquelle ils se livraient. C’était vraiment beau à voir !
Je ne trouve pas les mots pour décrire mes sentiments, au retour de ces Jeux. Je préfère citer ceux d’un de mes confrères : « Souvent, presque à chaque jour, ces enfants nous ont fait vibrer, dresser le poil sur les bras et parfois même fait monter une boule dans la gorge. À la vue de leur détermination farouche, de leur force de caractère, de leur quête émouvante de dépassement, qui osera encore prétendre que tous les ados sont « effoirés » devant la télé ou leur ordi?! ». Cette perception était partagée par tous ceux qui avaient été assignés par notre employeur, les Hebdos Transcontinental, au reportage de ces compétitions sportives, pour leur région.
Transcontinental était l’un des commanditaires majeurs de ces Jeux et ce fut sûrement de l’argent bien investi. Je ne sais pas si les retombées publicitaires qui en découleront seront appréciables, mais ce n’est pas ce point de vue qui m’intéresse. J’ai eu l’occasion de saisir, durant ces dix jours, toute l’importance des journaux régionaux. Qui d’autres que nous était en mesure de faire connaître, dans tous les coins du Québec, les joies, les déceptions, les minutes de gloire de ces quelque 3 000 jeunes? Avec les ressources mises à notre disposition, nous avons même pu en informer quotidiennement les gens de leur coin de pays, grâce aux sites Internet de chacun de ces hebdos.
Je reviens de ces Jeux avec la conviction que le sommes consacrées aux sports et aux loisirs sont judicieusement utilisées. J’ai aussi réalisé à quel point les jeunes (et leurs aînés) ont souvent besoin de cette « tape-dans-le-dos » de cette reconnaissance que des médias comme le nôtre peuvent leur accorder. Je suis prêt à parier que, parmi les milliers de jeunes inscrits à ces Jeux, il n’y en a pas un seul qui fait partie d’un « gang de rue ». Leur heure de gloire, ils n’ont pas besoin d’un graffiti ou d’un coup de couteau pour la réaliser…