Quel opportunisme!
C'est Michael Ignatieff qui a parti le bal, ouvert la boîte de Pandore, ou le panier de crabes, ou la cage à homards, jeté un pavé dans la mare, — choisissez l'image que vous voulez — , c'est lui qui a parlé de NATION le premier et qui a décidé aussi le premier de ne plus parler de NATION!
Depuis ce temps, celui qui, au moment où vous lisez ces lignes, est peut-être (?) le nouveau chef du Parti libéral du Canada, aura réussi à susciter un débat politique monstre, un véritable tsunami, autour d'une idée, d'un concept, par pur opportunisme, rien de moins!, pour gagner la sympathie des électeurs du Québec et se faire un nom (déjà difficile à prononcer!) qu'on n'oubliera pas de sitôt!
Michael Ignatieff, aspirant à la succession de Paul Martin, sans expérence politique mais doté d'une grande intelligence, d'une indéniable habileté et d'un sens de la formule-choc et de la déclaration à l'emporte-pièce, a provoqué tout un branle-bas dans la classe politique canadienne, ad mare usque ad mare, d'un océan à l'autre, d'une mare à l'autre, ajouteraient plusieurs humoristes...
Tout le monde a récupéré habilement (?) le concept de NATION, et toujours par opportunisme: les uns pour gagner des votes chez les Québécois francophones (qui forment cette nation), comme ce cher Stephen Harper qui en a bien besoin; les autres pour maintenir et consolider leurs appuis, comme Gilles Duceppe et André Boisclair (et Bernard Landry). Le chef du Bloc québécois a même dû faire volte-face, en refusant de l'admettre, voyant évidemment après analyse que les bloquistes et les péquistes ne pouvaient voter contre une motion qui reconnaît enfin le Québec comme nation, même si cette résolution malheureusement émane du gouvernement fédéral.
Quel opportunisme! Je ne suis pas le seul à l'affirmer. Les chroniqueurs et analystes politiques — les Vincent Marissal et Lysiane Gagnon, pour ne nommer que ceux-là — l'ont écrit noir sur blanc.
Quel opportunisme! Michael Ignatieff, après avoir lancé l'idée de façon fracassante, l'a comme envoyée en l'air pour que Stephen Harper puisse l'attrapper et la lancer à son tour sur le parquet de la Chambre des communes, ce qu'il a bien fait, afin d'inscrire une date historique au Canada.
L'idée est peut-être devenue la "patate chaude" dont tout le monde veut maitenant se débarasser en la refilant au voisin. Pendant ce temps, Ignatieff, sorti de l'anonymat au Québec, joue les Ponce Pilate et s'en lave les mains. Il a déjà passé à autre chose. Dans les derniers jours, il se pavanait en passant d'une entrevue à l'autre, d'un média à l'autre, en affirmant qu'il serait élu chef du Parti libéral du Canada. Quel séduisant et habile opportuniste, bilingue par surcroit!
Nous voilà maintenant pris avec le concept de NATION à toutes les sauces. Imaginez, on n'en a même pas parlé au congrès d'investiture libérale fédérale, en fin de semaine, malgré la tempête provoquée par le favori dans la course! C'est comme si on se disait c'est réglé. Le parlement a décidé. Le travail est fait. On tourne la page et on passe à autre chose. Quel opportunisme!
Tout est loin d'être réglé. Qu'est-ce qui vient avec une nation? Une reconnaissance internationale, une place à la table et sur l'échiquier de toutes les nations, une voix dans les décisions qui concernent le monde entier, entre autres. C'est pas un tout-compris dans la motion Harper. Quel opportunisme! Bienvenue dans la prochaine ronde des négociations d'un nouveau lac Meech!....