Beaucoup d'argent pour tuer, très peu pour sauver
Les journaux nous apprenaient dernièrement que les pays dépenseront au-delà de 1000 milliards de dollars en 2006, uniquement en armements. Quelques jours plus tard, on pouvait lire un article enthousiaste sur l'industrie militaire en pleine croissance au Québec. De telles nouvelles, face à l'état de l'humanité et de la planète soulèvent certaines questions éthiques.
Comment les membres d'une espèce qui s'estiment intelligents peuvent-ils gaspiller de si précieuses ressources dans le seul but de tuer leurs semblables et peut-être détruire un jour leur espèce? Pourquoi les humains, capables de dialogue et conscients de la puissance meurtrière de leurs armes de destruction massive, continuent-ils à privilégier la compétition et la confrontation plutôt que la solidarité et la collaboration dans leurs rapports? Comment des dirigeants qui, publiquement, s'évertuent à paraître moraux, peuvent-ils accepter de consacrer des centaines de milliards de dollars en armements alors que plus d'un milliard d'humains doivent survivre à moins d'un dollar par jour et des millions d'enfants meurent annuellement à cause d'un manque de nourriture, d'eau potable et de soins médicaux?
Jamais l'humanité n'a été matériellement et financièrement si riche et intellectuellement si douée. Pourtant, jamais elle n'ait parue moralement aussi pauvre. Les inégalités, les injustices et la violence physique et psychologique ne semblent pas diminuer, bien au contraire.
La crise humaine et écologique sans précédent à laquelle l'humanité fait actuellement face est le signe le plus évident de la faillite monumentale de l'éducation dans le monde. Les systèmes d'éducation faillissent lamentablement dans leur première tâche qui consiste à aider chaque enfant à actualiser le merveilleux potentiel d'humanité dont il hérite en naissant afin qu'il puisse devenir un citoyen du monde autonome et responsable dans sa vie personnelle, professionnelle et sociale.
Une telle faillite morale est compréhensible puisque nous n'avons pas encore cru bon élaborer et diffuser des programmes d'humanisation fondés sur une science et un art du développement humain. Les humains ont merveilleusement réussi à améliorer, par l'agriculture et l'élevage, la qualité des végétaux et des animaux dont ils se nourrissent; ils ont cependant lamentablement échoué à améliorer la qualité des membres de leur propre espèce malgré toutes les connaissances qu'ils possèdent sur le sujet.
Tant que nous n'élaborerons pas et n'enseignerons pas des programmes d'humanisation pour aider chaque nouvelle génération à actualiser le merveilleux potentiel d'humanité dont elle hérite en naissant, tous nos efforts pour diminuer l'ignorance, la pauvreté, la misère et la souffrance humaine dans le monde ne seront, la plupart du temps, que des coups d'épée dans l'eau comme nous l'a démontré l'histoire. Nous continuerons à nous attaquer aux effets, comme c'est le cas présentement, plutôt qu'à leur cause principale qui est le sous-développement humain. Pourtant, dans tous les pays démocratiques, nous possédons actuellement tous les experts, toutes les connaissances, toutes les institutions et toutes les conditions pour mettre rapidement en place des programmes d'humanisation.
Ne pas s'être encore dotée d'une éducation humanisante est la plus dramatique erreur commise par l'espèce humaine, qu'elle continue malheureusement de perpétuer aujourd'hui, malgré les conséquences désastreuses.
Gaston Marcotte
Professeur associé, Université Laval
Président, Mouvement Humanisation