Michael Ignatieff à l'Université Dalhousie
Michael Ignatieff a manqué le bateau
Ignatieff a raté une occasion en or. Une autre.
Lorsque Stephen Harper a fait la sottise de fermer le Parlement pour 63 jours, Ignatieff aurait dû rapidement mener la charge contre son adversaire et le dénoncer vertement devant les médias.
Mais Ignatieff était dans le sud de la France où sa famille possède une maison de campagne. Il n’est revenu qu’une semaine après l’annonce de la prorogation.
S’il avait séjourné au Canada, Ignatieff aurait pu profiter de l’attention immédiate des médias qui l’attendaient à bras ouverts pour ses commentaires. Et même marquer des points importants.
Il n’y a pas de mal à aller en vacances. Mais quand quelque chose d’important se produit à Ottawa il faut être prêt à tout. Surtout quand on a déjà la réputation d’être « seulement en visite au pays. »
Envoyer un courriel à quelques quotidiens ne suffit pas. Ni laisser au député Marc Garneau le soin de prendre le flambeau et défendre le dossier.
Le député Garneau est une personne compétente mais ce n’est pas un ‘meneur de claques’ ni l’orateur du tonnerre.
Alors, depuis 24 h le chef de l’Opposition fait du rattrapage. Le Parti libéral se paye des pubs à la radio et à la télévision. Ça coûte cher, c’est un peu tard et d’après certains médias, elles laissent à désirer.
Mais la ‘cerise sur le sundae’ c’est que Michael Ignatieff entreprend sous peu une tournée des collèges et des universités du pays.
Une stratégie difficile à comprendre. Pourquoi en rajouter à son image d’académicien érudit et froid, loin de l’électorat?
Où est Peter Donolo, le communicateur par excellence de Jean Chrétien? Il y a des jours où Denis Coderre nous manque.
Philippe Allard
Commentaire mis en ligne le 15 janvier 2010Parler aux étudiants n’est pas élitiste
La plus récent article du chroniqueur Richard Cléroux publié sur le site du Journal Le Plateau et du groupe Transcontinental (Ignatieff a raté une occasion en or. Une autre. 12 janvier 2010) reproche au chef du Parti libéral du Canada d’avoir été en vacances à l’extérieur du pays au moment où Stephen Harper annonçait la prorogation du Parlement, en plus de qualifier de ‘cerise sur le sunday’ la volonté du chef de l’opposition officielle de rencontrer les étudiants à l’occasion de sa tournée des universités canadiennes.
Selon le chroniqueur, cela rajouterait à l’image « d’académicien érudit et froid » qui lui serait associée. Une telle critique, désormais banale, doit être dénoncée.
Car une telle critique, en plus d’être d’un populisme désolant, démontre la mécompréhension de son auteur du concept de base de positionnement de l’image en contexte stratégique. D’une part, se faisant le porte-parole des conservateurs de Stephen Harper, l’auteur laisse entendre qu’il est élitiste de vouloir rencontrer les étudiants sur les campus pour discuter des enjeux auquel le pays fait face. S’il est élitiste de rencontrer ceux et celles qui seront les ingénieurs, les administrateurs, les éducateurs et les travailleurs sociaux, toutes professions dont les fondements s’apprennent sur les bancs de l’université, et bien je me demande qui peut être contre l’élitisme ! Au contraire, loin d’être le symbole d’une élite et d’une minorité, l’université est un lieu de transmission et de production de connaissance fréquenté par des personnes issues de tous les milieux et qui aspirent à améliorer la société en gagnant dignement leur vie. C’est faire preuve d’ignorance ou d’une très mauvaise volonté que de l’associer à une élite.
D’autre part, comment peut-on reprocher à un aspirant premier ministre, à un homme d’État, de projeter une image d’ « académicien érudit ». Les faiseurs d’image qui voudraient transformer Michael Ignatieff en ‘homme du peuple’ se tromperaient sur toute la ligne; quiconque veut se positionner dans l’imaginaire des électeurs doit projeter une image conforme à ses forces, à ce qui constitue sur ses atouts. C’est comme si les publicitaires de Wall Mart décidaient de faire de cette entreprise un magasin de luxe; les gens n’y croiraient pas, avec raison, et ne s’y reconnaîtraient plus. La tournée des universités permet précisément de tabler sur une des forces de M. Ignatieff, son expérience d’universitaire, d’analyste des grands enjeux et d’homme du monde, d’un homme près du monde, tout en renforçant son positionnement. Cette tournée montre aussi que la politique, comme la science, ne se fait pas seul dans une tour d’ivoire et qu’elle se fait par le dialogue. Qui peut dire que Stephen Harper n’est pas celui qui vit le plus dans sa tour d’ivoire depuis qu’il est au pouvoir ?
On reproche sans cesse aux politiciens d’être constamment préoccupés par des enjeux à court terme et on présente une telle attitude comme une des principales causes de cynisme chez les citoyens. La tournée des universités de Michael Ignatieff vise plutôt à définir une vision de ce que sera et devrait être le Canada de 2017, alors que notre pays aura 150 ans. On peut difficilement lui reprocher d’agir à court terme et d’alimenter le cynisme envers les politiciens. Il faudrait se brancher : on ne peut reprocher aux politiciens d’être des intellectuels qui réfléchissent tout en leur reprochant d’agir à court terme sans réfléchir. C’est envers vos chroniques que les lecteurs seront cyniques !
Quoi qu’il en soit, il semble bien que la stratégie libérale commence déjà à porter ses fruits. Au moment d’écrire ces lignes, un nouveau sondage mettaient les libéraux et les conservateurs statistiquement nez à nez dans les intentions de votes. Un sondage n’est qu’un sondage, mais le dernier montre bien que la patience est encore une vertu en politique, et qu’il est parfois préférable de laisser les citoyens s’exprimer, comme le montre le groupe Facebook des Canadiens contre la prorogation du Parlement, qu’ont joint maintenant plus de 185 000 personnes.
Philippe Allard
Candidat du Parti libéral du Canada dans Laurier-Ste-Marie