Le cinéaste de Ville-Émard Alain Cadieux (Photo: Courtoisie)
Retour de la censure?
Deux cinéastes du Sud-Ouest s’expriment
Dans sa forme actuelle, le projet de loi C-10 proscrirait les subventions accordées aux œuvres télévisuelles et cinématographiques jugées comme contrevenantes à l'ordre public par un comité spécial. Décrié lors de la cérémonie des Jutras, ce projet de loi suscite pourtant l’adhésion d’un cinéaste de St-Henri, Mario Trottier.
Ce dernier estime que les gouvernements devraient concentrer l'argent dans les productions faisant la promotion de valeurs sociales et familiales, puisque «les enfants s'identifient à ce qu'ils voient à la télévision et dans les jeux vidéo.»
Mario Trottier croit que le projet de loi s’explique par le peu de standards existant dans l’industrie: «Le gouvernement souhaite seulement vérifier qui est à ses portes pour demander de l'argent pour des productions cinématographique ou télévisuelle.»
Il clame que plusieurs films violents reçoivent des approbations financières, tandis que les «cinéastes humanitaires qui adoptent une cause doivent s'autofinancer». D'après lui, il y a de moins en moins de valeurs humaines à la télévision et c’est pourquoi ce projet de loi «ferait du bien aux panoramas télévisuel et cinématographique canadien et québécois».
Une question de gros sous
Pourtant, plusieurs membres de la communauté artistique craignent que le projet de loi ne brime leur liberté d'expression et uniformise le paysage cinématographique, tant canadien que québécois. Cette école de pensée s'est reflétée à la 10e Soirée des Jutras de dimanche dernier par le discours d'ouverture de Normand Brathwaite et par certaines flèches lancées à la ministre du Patrimoine canadien, Josée Verner.
Alain Cadieux, vidéaste indépendant de Ville-Émard, est d'avis que le problème tire son essence de l’ampleur médiatique d’une production: «À partir du moment où tu diffuses ailleurs que dans ton salon, il y a automatiquement une notion de censure qui s'installe. Plus le film est gros, plus il y a de gens qui exercent leur droit de censure pour ne pas être associés à une controverse, pour être certains de pouvoir le vendre, pour ne pas choquer les publicitaires», explique-t-il.
«Il y a beaucoup d'institutions qui filtrent le scénario. C'est comme pour un café: plus tu ajoutes d'eau dedans, moins il est goûteux, mais moins tu as de chances de t'étouffer!», lance-t-il.
La ministre se défend
Niant toute forme de censure, la ministre a promis que les modalités d’attribution des subventions prévues dans le projet de loi C-10 seront déterminées après consultation du milieu artistique. Selon la ministre, les artistes qui se sentent touchés par cette mesure «amplifient la situation».
Mme Verner s'est plutôt voulue rassurante en affirmant que le film du cinéaste canadien David Cronnenberg, Les Promesses de l'ombre, très violent et choquant selon la ministre, aurait tout de même été admissible à des crédits d'impôt fédéraux selon la loi C-10.