Ces «élagueurs sans frontières», comme les appelle le chef de la division des parcs dans l'arrondissement, Pierre Brochu, ont prêté assistance aux Haïtiens dans le cadre d’une entente de coopération signée entre Montréal et Port-au-Prince en décembre 2007.
Il semble que le choix quant au port d’attache des volontaires allait de soi. «Le Sud-Ouest est bien considéré à travers la ville pour la qualité de nos élagueurs», confie avec fierté M. Brochu.
On y retrouve une équipe de dix élagueurs. Le hic, c’est qu’ils étaient tous partants pour prendre part à la mission de deux semaines. Dix mains levées. Seulement trois places dans l’avion. Il fallait trancher, et ils l’ont fait entre eux, déléguant les trois meilleurs éléments du groupe.
Le mandat du trio consistait à nettoyer et sécuriser le parc situé dans le quartier de Martissan à Port-au-Prince. Ils avaient également pour mission de former des élagueurs et de contribuer à donner un élan à la reforestation dans ce pays où il n’y a à peu près plus d’espaces verts.
Le parc a une superficie d’environ 13 hectares, «la grandeur de l’usine de traitement Atwater», indique Pierre Brochu. «C’est plus petit que le parc Angrignon.» Et pourtant, pas moins de 140 essences d’arbres y poussent. Un vrai paradis pour les botanistes. «Une grande variété que l’on retrouve uniquement sous les tropiques», explique M. Brochu.
L’endroit, qui abritait autrefois un site hôtelier de prestige, était jusqu’à il y a quelques mois squatté par la pègre locale. On y cachait les victimes de prises d’otage. Aujourd’hui, le site est clôturé et sous la surveillance de gardiens 24 heures sur 24; question d’éviter que le lieu soit utilisé de nouveau comme cache lors d’enlèvements, certes, mais aussi pour «empêcher les gens d’aller s’y approvisionner en bois», explique William Roussil.
Pierre Brochu parle d’un «dernier lambeau de verdure». «Ce boisé fait partie des 2% de forêts qui restent dans le pays, souligne-t-il. C’est un éden. Une sorte d’arche de Noé qu’il fallait préserver.»
La situation est en effet dramatique. On a beau être au fait de l’état des forêts, ou plutôt de la tragique absence de forêts en Haïti, c’est le choc quand on survole le pays. «Tu ne t’attends pas à ce que ce soit si dénudé que ça, relate Marc-François Ferland. Tous les endroits accessibles sont à nu. Il ne reste des arbres que sur les crêtes des montagnes.» Quel contraste avec le pays voisin, la verdoyante République Dominicaine, note M. Ferland. «Les Haïtiens n’ont plus de bois pour faire la cuisine, a pu observer William Roussil. Ils font cuire leur poulet en utilisant du plastique pour combustible. Ils font chauffer leur Hibachi avec des bouteilles de Coke».
L’accès au bois, aux arbres, est donc une nécessité de tout premier ordre pour la population. Et le boisé de Martissan servait à plusieurs de lieu d’approvisionnement. Les autorités ont agi avant que tout ne soit rasé.
Les élagueurs travaillaient six jours semaine, de 5h30 le matin jusque vers midi, période de la journée où la chaleur accablante commandait le repos. Quand on leur demande ce qui s’est avéré le plus difficile lors de la mission, les trois Montréalais évoquent d’ailleurs la chaleur.
Travaillant avec une douzaine d’apprentis élagueurs locaux, ils ont vu au plus pressant. Impossible de tout faire en à peine deux semaines. «Nous avons fait en priorité ce qui présentait un danger», explique Stéphane Trudeau. Il s’agissait notamment d’amener au sol d’énormes branches cassées restées coincées en hauteur dans l’enchevêtrement des faîtes.
Tout en effectuant des gestes parfaitement maîtrisés, mille fois répétés, le trio a assuré une relève en partageant ses connaissances avec des Haïtiens aujourd’hui mieux rompus aux techniques d’élagage. «Ce qu’on a fait en six heures, ils le faisaient en quinze jours, à la machette», signale Stéphane Trudeau.
Les novices ont appris rapidement. «Ils étaient très motivés, mentionne William Roussil. Ils voulaient travailler.» «On était une équipe d’égal à égal», ajoute Stéphane Trudeau. Le transfert de connaissances, «ce côté humain», a été des plus satisfaisants, reconnaît Marc-François Ferland. Et les Haïtiens sont aujourd’hui équipés pour poursuivre et compléter le travail, l’équipe montréalaise ayant laissé du matériel sur place, dont des scies mécaniques.
Et peut être plus important que tout: un geste a été posé pour aider à reverdir Haïti. Les végétaux recueillis lors des opérations d’élagage composeront la base d’une pépinière. Les pousses seront multipliées en vue d’activités de reboisement dans le pays, explique Pierre Brochu. De plus, le sol du boisé, maintenant nettoyé, servira de terreau pour la culture de plantes médicinales. «Bénéficiant d’une aide internationale, la commuanuté mène un projet visant à développer une économie grâce à cette culture», se réjouit le chef de division.






