Des livres, celle qui fut journaliste et critique gastronomique au journal La Presse pendant plus de 40 ans en a accumulé une quantité impressionnante au fil des années.
Elle en a beaucoup donnés avec le temps, sans pour autant avoir totalement vidé ses rayons. «J’ai déménagé il y a trois ou quatre ans et j’avais encore des boîtes de livres, des boîtes et des boîtes!», relate Mme Kayler pour qui «un livre qui ne circule pas ne sert à rien». Elle a donc décidé de faire don d’une partie de sa collection à la Bibliothèque de Montréal. À une condition: que les ouvrages trouvent leur place dans une bibliothèque du réseau située près d’un marché public, explique Hélène Desmeules, bibliothécaire à Georges-Vanier. Située pas très loin du marché Atwater, la bibliothèque de la rue Workman constituait le port d’accueil tout désigné.
Un don pareil – d’une telle importance et d’une telle qualité – à une bibliothèque municipale, «c’est exceptionnel», souligne Mme Desmeules. «Ce n’est pas le premier réflexe des gens», dit-elle.
Les 356 ouvrages du Fonds Françoise Kayler feront le bonheur des lecteurs gourmands. Les sujets dont ils traitent embrassent un large spectre: Jardins et cuisines du diable – Le plaisir des nourritures sacrilèges, La nature dans l’assiette, Saveurs de mon enfance, Gibier à poils et à plumes, etc. Le Fonds renferme plusieurs petits bijoux, tel ce livre sur le cognac édité en 1962 dont les textes sont de Louise de Vilmorin et les photographies signées Robert Doisneau.
Ce don constitue l’ingrédient premier de la recette qui mijote dans l’esprit de Françoise Kayler. Elle le voit comme un point de départ pour des activités qu’elle compte animer à la bibliothèque. Elle songe particulièrement à s’adresser aux enfants. «Les enfants peuvent avoir une influence dans la famille», estime-t-elle.
Une famille qui a bien besoin d’être influencée, selon Mme Kayler, sévère à l’endroit de notre époque du congelé et du resto minute – qui ne sont quand même pas tous à mettre dans le même panier, précise-t-elle.
L’assiette s’en va à vau-l’eau par manque de temps pour cuisiner? Allons-donc. Le temps semble pourtant élastique quand il est question de télé, d’Internet, de Twitter, de Facebook, note Mme Kayler.
Sa position politique sur la question: centriste. «C’est le fast food ou de la cuisine de cuisinier», constate-t-elle. C’est le veau Marengo façon micro-ondes ou le branle-bas pour se livrer à de la cuisine de haut vol. Retrouvons un juste milieu, plaide-t-elle. «Il y a un manque de simplicité, constate celle qui est membre du comité exécutif de Slow Food Québec. Il faut revenir sur le plancher des vaches.»
Françoise Kayler, qui partage ses idées par le biais de son blogue Gastronote, insiste sur la nécessité de revenir au b.a.-ba de l’art culinaire. «Je veux retourner à la base», dit-elle. Confiante de renverser la vapeur? «Il faut essayer, lance Mme Kayler. Il ne faut pas baisser les bras.»






