En matière d’apaisement de la circulation, il serait faux d’affirmer que l’administration du maire Dorais reste les bras croisés.
Des fonds importants seront investis par l’arrondissement du Sud-Ouest pour bonifier les mesures d’apaisement cette année. Les balises à mi-traverse introduites par l’arrondissement aux endroits stratégiques semblent avoir eu un effet sur les automobilistes, qui arrêtent plus souvent pour laisser la priorité aux piétons. Et après deux ans de bras de fer, l’arrondissement a fini par convaincre la ville centre de désynchroniser les feux de circulation sur la rue Saint-Antoine.
Et pour autant, l’arrondissement s’apprête à aller de l’avant avec une mesure qui soulève la colère des parents des élèves de l’école Ludger-Duvernay à Saint-Henri. Pour traverser la rue Saint-Jacques, à la hauteur de la Place Saint-Henri, les enfants bénéficient de la présence d’un brigadier scolaire. Or, le volume et la vitesse des voitures qui empruntent la rue Saint-Jacques font craindre pour la sécurité les brigadiers. Plusieurs auraient demandé de ne pas être affectés à cette intersection. En effet, l’angle de la rue Saint-Jacques réduit la visibilité à cet endroit, rendant périlleuse la traversée. Rappelons que ce n’est pas seulement les élèves de l’école primaire qui doivent traverser à cet endroit. Les étudiants de la Polyvalente Saint-Henri utilisent aussi la traverse. L’entrée du métro fait également en sorte que les piétons de tous âges sont nombreux à traverser la rue à cette hauteur.
Tous sont donc d’accord pour dire que la traverse est dangereuse. Les parents voudront des mesures qui rendront la traverse plus sécuritaire. Un arrêt, pourquoi pas ? Des lumières clignotantes, des pancartes bien visibles avertissant les automobilistes de la présence des jeunes, des saillies de trottoir pour réduire la largeur de la traverse, l’instauration d’une zone scolaire avec vitesse maximum de 30 km/h: les solutions ne manquent pas. Certains préconisent même la piétonisation de la Place Saint-Henri (une solution qui nous fait rêver: une vraie place publique au cœur de notre quartier !).
Or, l’arrondissement et le Service de police de la Ville de Montréal ont élaboré un tout autre plan, et entendent bien l’implanter dès la rentrée: enlever le brigadier de là et «sensibiliser» les enfants à la nécessité de prendre un trajet plus long pour se rendre à l’école. Aucune autre mesure d’apaisement n’est proposée. Des cadets et des «mascottes» seront présents à la rentrée pour diriger les enfants vers une intersection plus loin. Pour le reste, il revient bien sûr aux parents «d’éduquer leurs enfants», a dit la conseillère municipale et présidente de la table de sécurité urbaine, Huguette Roy, lors d'une rencontre houleuse avec le Conseil d'établissement de l'école Ludger-Duvernay. Et qui va «éduquer» les automobilistes? Mme Roy ne nous le dit pas...
Le problème avec cette solution, c’est que pour qu’elle soit efficace, il faudra modifier une caractéristique bien profonde de la nature humaine: depuis que l’être humain s’est mis sur deux pattes pour marcher dans la forêt primaire, il a toujours voulu se rendre du point A au point B en empruntant la ligne la plus directe. Ce n’est certainement pas des cadets et des mascottes qui modifieront ce fait de la nature. Et si l’intersection de la rue Saint-Jacques et Place Saint-Henri est dangereuse, ce n’est pas en réduisant les mesures de sécurité qu’on la rendra plus sécuritaire. Cela, ce n'est que de la logique la plus élémentaire...
Manuel Johnson Montréal




