De toute évidence, les Québécois sont très majoritairement d'accord sur un point: nous rejetons les valeurs de Stephen Harper et son parti conservateur, et nous ne voulons pas être gouvernés par eux.
Ce fait ressort clairement des résultats des dernières élections fédérales, où 80% des Québécois ont exprimé leur rejet du gouvernement de droite. Malheureusement, les Canadiens avaient une autre lecture, et ils ont accordé une majorité au gouvernement Harper. D'ici 5 ans, Harper aura gouverné le Canada pour 10 ans, ce qui signifie des dégâts sociaux dont il serait très difficile de se relever. En écartant d'emblée la possibilité de prendre cette situation malheureuse comme un fait accompli, nous voyons trois voies d'action contre Harper et son projet rétrograde:
1) La force de la rue: un soulèvement populaire à la tunisienne qui viserait à faire tomber le gouvernement. C'est l'option que nous préférerons, mais ici nous voulons parler d'options réalisables. Même si c'était le moindrement envisageable, un soulèvement populaire restreint au Québec ne ferait pas tomber le gouvernement, il ne ferait que déclencher de la répression supplémentaire. Il suffit de dire que les conditions pour une telle occurrence sont loin d'être présentes, de toutes façons, et ce, pour de nombreuses raisons qui ne seront pas adressées ici;
2) Miser sur le NPD: investir des énergies dans ce parti qui a su capturer l'imagination des Québécois, faire des efforts pour le tenir à gauche, et bâtir une base solide pour la prochaine ronde des élections. Il y a plusieurs problèmes avec cette option. D'abord, pour prendre le pouvoir la prochaine fois, le NPD doit courtiser des électeurs libéraux et même conservateurs dans l'Ontario et dans l'Ouest. Au Québec, il ne peut pas progresser plus! D'ici quatre ans, le NPD risque de ressembler drôlement à une version légèrement plus progressiste du parti libéral. Et au Québec, il risque plutôt de se planter. Il n'y a rien d'inspirant à mettre des énergies dans une nouvelle manifestation institutionnelle d'un parti à peine social-démocrate. Et puis, même si le NPD prenait le pouvoir, il est peu probable qu'il parviendrait à renverser 10 ans de dégâts conservateurs. Avec le NPD, on peut espérer, au mieux, de ralentir les reculs, et même cela est loin d'être gagné;
3) L'indépendance du Québec: pour renverser le programme législatif de Harper, cette option nous semble la plus porteuse. L'indépendance du Québec représentera un bouleversement majeur de l'ordre établi. Peut-être, à ce stade-ci, et à moyen terme, le plus grand bouleversement auquel on pourrait aspirer d'une façon réaliste. Dans l'espace créé par l'indépendance du Québec, bien de choses sont possibles. Ce projet a le potentiel, plus que tout autre projet de changement politique majeur (en ce moment), d'être rassembleur. Il ne solutionnera pas tous les problèmes. Les Tremblay, Charest, Accurso et compagnie ne disparaîtront pas par magie. Mais il permettrait une certaine décomposition du pouvoir, et surtout, nous permettrait de se libérer des choix politiques douteux des Canadiens. Si, bon an, mal an, 40% des Québécois sont déjà acquis à l'idée, il pourrait être possible de mobiliser une autre tranche de la population en faveur de cette option. Pour la réussir, il faudra bien sûr sortir le mouvement indépendantiste du cadre institutionnel des partis politiques. Voici la leçon de la déconfiture du Bloc, et le peu d'enthousiasme engendré par le Parti québécois. De cette manière, le projet serait réalisable dans les prochains quatre ou cinq ans. Oui, il faut qu'un des deux partis indépendantistes prenne le pouvoir, mais plus que ça, il faut que les citoyens eux-mêmes mettent de la pression, d'en bas, pour que ça se réalise. Comme ça, un référendum et/ou assemblée constituante pourraient être organisés rapidement suite aux prochaines élections provinciales.
Dans ce sens, nous proposons que soit constitué un comité indépendantiste du Sud-Ouest, qui serait autonome des partis politiques, et qui pourrait jeter les bases, localement, pour le renouvellement et la relance du mouvement citoyen indépendantiste. Rester avec Harper n'est pas une option. Que préférons-nous: passer les prochaines cinq années à s'apitoyer sur notre sort et espérer vaguement l'arrivée d'un sauveur, ou prendre notre avenir en main nous-mêmes?
Manuel Johnson Montréal, le 6 mai 2011




