Le soleil n’avait pas encore dit son dernier mot et moi non plus. Février sur la Riviera Maya, juste pour faire un pied de nez à l’hiver, même étrangement doux cette année. Tourner les pages d’un roman qui ne va nulle part.
J’entends la musique du petit café qui, comme à toutes les fins d’après-midis m’appelle. La vague danse encore; je l’observe en cachette, les yeux plissés full soleil, tranquillement; elle met sa robe de nuit. Et la lune qui nous boude depuis quelques jours. Sera-t-elle au rendez-vous?
Je ramasse mes choses, comme un vieux hippy négligé: sac à dos, serviette de plage, T-shirt de Charlie Brown et sandales. Je quitte mon coin de paradis. Depuis 13h, j’ai au moins bu deux litres d’eau. À quelques mètres, le petit bar commence à vivre son 5 à 7. Je ne m’y suis jamais attardé. Je passe au travers depuis la plage à tous les jours. Cette fois-ci, j’ai envie d’un petit mojitos (c’est trop bon!)
C’est un bar à flanc de colline. La clientèle est assez uniforme. Des jeunes-vieux sortis tout droit de Woodstock… D’où viennent-ils? Je ne veux pas le savoir; pourquoi toujours savoir? En bas du bar, près de la plage, une cage où un DJ sans âge s'en donne à cœur joie. Cat Stevens, Janis et tous les autres…
La soirée s’annonce belle et intrigante. Un léger vent à peine parfumé chatouille les branches des hibiscus qui forment comme une forteresse autour du salon californien. Suis-je bien au Mexique? Suis-je bien en 2012? Pourquoi toujours tout savoir? Le bar dont j’ignore le nom s'étend sur cinq paliers. Quelques tables décorées de lampes Tiffany et des fauteuils désassortis me rappellent les partys de sous-sol de mon adolescence.
Un deuxième mojitos… Tiens, la lune qui sort entre deux boules disco accrochées entre deux arbres. Tout le monde sourit à tout le monde… Je souris aussi. C’est la fête à tous les soirs. Une jeune mère, habillée en robe longue, fleurie, fait virevolter sa petite fille qui se prend pour un papillon. Nous sommes tous des papillons de nuit en quête d’éternité (et je n’ai pas pris de drogue). Voler cette nuit bleue à la vie pour la revivre mille fois dans sa tête.
Je suis assis au milieu du bar, au milieu de la fête… rien à signaler; j’ai bien la tête qui tourne un peu. Je pense à une chanson de Cesaria Evora, «Petit pays», que j’aime beaucoup. Le temps passe et la cuisine du resto lance des odeurs indécentes de fajitas, de tacos et de poisson grillé.
La table est mise pour inscrire dans ma mémoire de belles images, une fête pour les yeux, les oreilles… et le cœur. Ça c’est une autre histoire puisque, à la table voisine, une personne vient de me jeter un regard de braise. Ses yeux en disent long… Hey barman!…un autre mojitos por favor!



