Les médias sociaux et leur prédominance dans nos vies quotidiennes ont maintenant leur importance dans les campagnes et les victoires électorales. Le journaliste de la Gazette, Henry Aubin, a récemment écrit une fascinante chronique sur l’impact politique de l’internet dans notre société, particulièrement au Québec. «Avec les médias sociaux, les gens peuvent lire ce qui les conforte – plutôt que ce qui les oblige à réfléchir», écrivait-il.
En tant que consommatrice quotidienne sur Facebook et Twitter des messages de mes «amis» (dont plusieurs ont des opinions politiques diamétralement opposées aux miennes), je peux confirmer cette déclaration.
Il existe un véritable paradoxe dans le fait qu’un média dont le contenu est illimité ait réussi à réduire à son strict minimum tout débat éthique. Le web est désormais un instrument qui peut faire davantage de mal que de bien, s’il est mal utilisé.
Facebook et Twitter sont devenus des sources intarissables d’images trafiquées et de montages vidéo qui peuvent bien sûr générer quelques ricanements, mais qui, en bout de ligne, n’élèvent aucunement le discours politique.
C’est simple : si vous ne partagez pas les opinions de quelqu’un, expliquez-nous pourquoi, plutôt que de ridiculiser vos adversaires par des coups en bas de la ceinture.
Le 19 juin dernier, le ministre fédéral de l’Immigration, Jason Kenney, traitait le vice-premier ministre albertain de «trou de c…» (foutu bouton «répondre à tous», n’est-ce pas?), pendant qu’Amir Khadir trafiquait une peinture célèbre qui le représentait debout avec le cadavre de Jean Charest à ses pieds.
Peut-être que tout le monde en fin de compte a laissé tomber les gants.
Les publicités agressives et sarcastiques ont déjà prouvé leur efficacité. Elles se répandent comme des traînées de poudre dans les médias sociaux, obtiennent leur lot de «LOL» au passage et sont partagées avec insouciance.
C’est là le dernier recours des manipulateurs d’images qui s’adressent à des gens qui ne votent pas pour un parti, mais plutôt contre un autre. -
Et selon les stratèges en politique, tout cela fonctionne à merveille auprès de deux types de publics : les militants déjà convaincus qui s’en servent pour aiguiser leur haine, et le public mal informé et désintéressé qui se base souvent sur les images et les perceptions avant de voter. Et nous avons là la majorité des gens qui iront aux urnes…
Après tout, pourquoi s’embêter de faits réels dans des histoires qui sont déjà des plus intéressantes?
C’est là le dernier recours des manipulateurs d’images qui s’adressent à des gens qui ne votent pas pour un parti, mais plutôt contre un autre.
Vous pouvez choisir de ne pas voter pour le PQ, sans véhiculer l’image d’une Pauline Marois qui remplace la face de «La vache qui rit» sur un faux emballage de fromage et ne pas partager les opinions de Jean Charest sans le déguiser en Ronald McDonald’s.
Se crier des noms est devenu la norme, mais cela pourrait se passer autrement. N’est-il pas temps pour les gens plus modérés et plus réfléchis de se lever et de réclamer autre chose?
Pendant que nous sommes occupés à rigoler sur des jeux de mots et des blagues de mauvais goût, c’est tout le discours intellectuel qui s’en trouve rabaissé d’un cran.




