Selon plusieurs sources d’information, Martin, qui est natif de Miami, était en visite chez son père dans un quartier sécurisé de Sanford, au sud-ouest de Daytona Beach, et regardait à la télé une joute de basketball de la NBA. À la mi-temps du match, Martin se rendit dans un dépanneur voisin pour s’acheter des friandises et du thé glacé. À son retour vers la maison, Zimmerman, qui était de garde dans le voisinage, le vit et communiqua avec le 911 pour leur rapporter «un type vraiment suspect» («a real suspicious guy»). Même si la police l’avertit alors de ne pas le confronter, Zimmerman procéda de toute évidence tout autrement. Ce qui arriva ensuite demeure un mystère, mais la soirée s’est terminée par la mort de Martin et par Zimmerman qui affirme, depuis, qu’il a agi pour protéger sa propre vie.
Pour protéger sa vie… Tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’un sac de bonbons et une cannette de thé glacé.
Est-ce qu’on peut appeler un chat, un chat? Zimmerman a ciblé Martin, parce que dans sa petite cervelle d’oiseau, il trouvait que ce dernier semblait circuler dans un endroit qui ne lui convenait pas. Qu’est-ce qu’un jeune Noir (revêtu d’un capuchon… rien de moins!) faisait donc dans cette communauté à accès restreint en pleine soirée? Cela est louche. Laissez-moi, moi, petit policier raté, détenteur d’une arme facilement accessible, gérer cette terrible menace. Laissez-moi être le juge, le jury et le bourreau dans cette affaire. Tirons d’abord, posons les questions ensuite. La bonne vieille technique américaine…
Pour ajouter l’injure à l’insulte, après la débâcle de l’enquête policière qui s’ensuivit et le fait que Zimmerman continu à vivre en toute liberté, même s’il a tué un homme, le journaliste Geraldo Rivera y est allé d’un commentaire ahurissant en affirmant que le capuchon de Trayvon Martin était aussi coupable que Zimmerman lui-même. C’est comme affirmer qu’une femme courtement vêtue serait responsable du viol dont elle est victime.
Est-ce qu’on peut appeler un chat, un chat? Zimmerman a ciblé Martin, parce que dans sa petite cervelle d’oiseau, il trouvait que ce dernier semblait circuler dans un endroit qui ne lui convenait pas. -
Depuis ce drame, je ne réussis pas à me sortir cette histoire de la tête. Fréquentant assidûment mon centre sportif, chaque fois que j’y vais, j’y rencontre ces jeunes portant leur capuchon rabattu sur leur tête. La plupart d’entre eux sont des ados qui souvent jouent les durs à cuire malgré leur visage boutonneux. Certains d’entre eux sont blancs; d’autres, noirs. Mais cela me brise le cœur de savoir que ces derniers courent davantage de risques que les premiers à cause de la couleur de leur peau.
Je regarde ces jeunes à capuchon et pense à ce professeur noir qui fut arrêté par la Sécurité publique de Westmount, il y a de cela quelques années, parce que quelqu’un avait porté plainte contre lui parce qu’il trouvait son comportement suspect.
Je pense à Joël Debellefeuille, un autre homme de race noire, qui conduisait sa voiture qui semblait aux yeux de la SQ trop luxueuse pour un Noir et qui fut appréhendé devant toute sa famille.
Je pense à toutes ces histoires qui m’ont été rapportées par mes amis noirs et qui ne m’arriveront jamais parce que je suis une femme de race blanche.
L’affaire Martin dépasse la simple notion de racisme. Elle ramène à la surface des comportements policiers inacceptables, tout le débat du port d’arme et ce concept d’autodéfense qui semble faire plus de mal que de bien. Et l’essence même de cette histoire est une affaire de profilage racial en bonne et due forme.
Le président Obama m’a émue aux larmes lorsqu’il déclara : «Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon», mais peu importe son apparence physique, Trayvon était déjà le fils de quelqu’un d’autre.




