Je sais que je n’ai pas à m’attendre à rien de plus du JdM ou des clones de Mario Dumont, qui lorsqu’il était politicien ne faisait qu’encourager les Québécois à «résister» aux influences des immigrants, mais serait-il trop demander aux journalistes du JdM de décrocher le téléphone pour obtenir des informations justes et précises sur le sujet, avant de publier n’importe quoi en première page?
Interviewé par d’autres médias (par des journalistes qui ont décidé de… vous savez… faire ce qu’on est cessé faire quand on est journaliste, soit vérifier l’information), Olymel (l’abattoir à la source de la controverse), pris de court et visiblement ébranlé par les événements, a remis les pendules à l’heure : seuls les poulets destinés à la clientèle musulmane sont certifiés halal. Voilà! Tout le monde peut se remettre à respirer, maintenant. Un complot abominable organisé secrètement par les communautés juive et musulmane pour forcer d’innocents Québécois à manger halal à leur insu a donc été débouté grâce à la vigilance de ces protecteurs du citoyen. On se croirait parfois dans un film de Monty Python.
Lancelot: «Nous étions en péril.»
Sir Galahad: «Je ne crois que nous l’étions.»
Lancelot: «Oui, nous étions en péril.»
Sir Galahad: «Permettez-moi d’y retourner pour faire face à ce péril.»
Lancelot: «Non, c’est trop périlleux.»
Et le meilleur est à venir: après vérification des faits, l’on se rendit compte que les techniques de mise à mort des animaux étaient les mêmes, que ce soit des produits halals ou non. Le PQ et la CAQ peuvent donc maintenant réorienter leur indignation sur d’autres cas d’abus faits aux animaux. À cause de lois dépassées et inefficaces, des chenils misérables et des usines à chiots se multiplient au Québec, mais c’est bien la viande halal qui a bouleversé Pauline la semaine dernière. Eh! Misère…
Il existe une frontière entre la protection de ce qui est sacré au Québec et les chasses aux sorcières. -
Rien ne m’horripile plus que ce genre de reportages attrape-nigauds parce qu’ils nivellent toujours par le bas en créant la panique et la division. De nature sensationnaliste et exagérée, ce type de journalisme ne vise qu’à provoquer, inquiéter et choquer. Peu importe si l’information n’est pas objective, le lecteur est tellement sous le choc et indigné qu’il ne se pose même pas de questions. Et c’est ça qui est troublant.
Je sais bien que les journaux sont un business et que le sensationnalisme vend bien. Plus les temps sont durs économiquement pour ces entreprises de presse, plus je remarque une tendance des médias à multiplier les histoires troublantes et les gros titres accrocheurs et trompeurs; le tout orchestré pour provoquer l’intolérance. Disons-le franchement: dans cette province, tout ce qui représente un risque – potentiel ou virtuel – pour la culture et la langue françaises va toujours attirer plus d’attention que quelque titre honnête et ennuyeux. Mais il existe une frontière entre la protection de ce qui est sacré au Québec et les chasses aux sorcières.
Le journalisme sensationnaliste qui délibérément manipule les faits pour leur donner une variante inexacte qui ignore l’analyse équilibrée des faits est contraire à l'éthique parce qu’il maquille la réalité.
Je l’ai déjà dit auparavant et je le redis aujourd’hui : une éducation médiatique est nécessaire pour les lecteurs et les téléspectateurs. Le public doit apprendre à gérer avec discernement les informations issues des médias. L’éducation médiatique n’est pas tant d’avoir les bonnes réponses que de savoir poser les bonnes questions.
C’est aussi de pouvoir lire une histoire stupide et d’avoir le bon réflexe de la jeter à la poubelle; là où elle doit aller.




