Frappés de plein fouet par la crise hypothécaire aux Etats-Unis et par un prix du carburant qui bat des records à chaque semaine, les constructeurs américains ont les pieds au bord du gouffre.
Malgré les spectaculaires réductions de coûts réalisées ces dernières années, le retour aux bénéfices n’est pas encore pour demain pour les grands constructeurs de Detroit. GM, Chrysler et Ford ont basé toutes leurs stratégies de vente sur les camions et les moteurs V8. Dans les six derniers mois, le marché automobile a effectué un virage à 180 degrés chez les Américains. Ces derniers qui achetaient 60% de camion en novembre dernier achètent maintenant 60% de voitures. Les Japonais profitent largement de la situation et les constructeurs américains qui ont mis tous leurs œufs dans le même panier regardent leurs ventes fondrent comme neige au soleil. La part de marché des trois grands de l’auto est passée sous la barre des 50% et continue de baisser.
Ford a annoncé qu'il ne dégagerait pas de profits en 2009 et n’a même pas osé confirmer une date pour un retour au profit. Elle a plutôt annoncé la suppression de 15% des postes de cadres en Amérique du Nord. Ford a accusé l'an dernier une perte nette de 2,7 milliards de dollars, après un déficit de 12,6 milliards en 2006. Autre handicap, la hausse du prix de l'acier, il a doublé en cinq mois qui a entraîné un surcoût d'environ 900 dollars par véhicule.
À court terme, GM, Chrysler et Ford vont souffrir en raison de produits mal adaptés au marché. En effet, les trois groupes ont opté, il y a trois ans pour une stratégie de cinq ans basé sur les ventes de camions et de VUS. Les ventes de ces véhicules a diminué de plus de 25% aux Etats-Unis depuis le début de l’année (20% au Canada) et continuent sa chute. Pour ajouter l’insulte à l’injure, les constructeurs n’ont pas de petits véhicules compétitifs à proposer. Ford offre une Focus qui n’est rien d’autre que l’ancienne version retouchée et qui se vend beaucoup trop cher, GM offre l’Avéo qui est sans doute la plus vétuste et la moins bonne petite auto sur le marché et la Cobalt est à peine mieux. Pour ce qui est de Chrysler, la Caliber est la plus mauvaise voiture après l’Avéo. Pendant ce temps, les rivaux japonais, même s'ils anticipent une forte chute de leurs bénéfices, proposent, eux, une offre de véhicules économes en carburant bien plus étoffée. En plus de ce manque de compétitivité au chapitre des modèles, il y a aussi le problème de la main d’œuvre. Il faudra attendre 2010 pour que les constructeurs américains commencent à réduire significativement leurs coûts de main-d'œuvre grâce aux accords signés en novembre 2007 avec le syndicat UAW concernant leurs prestations de santé et leur retraite. Il faudra donc survivre de 18 à 24 mois aux Etats-Unis avant de voir la facture baissée. Le syndicat canadien des TCA a pratiquement re-signé pour des conditions de travail similaires à l’ancienne entente, le 16 mai dernier et ce jusqu’en 2011, ce qui est un désastre dans les conditions actuelles du marché, car le travailleur canadien de l’automobile avec les avantages sociaux et le système de santé universel est en ce moment le travailleur automobile le mieux payé au monde (78$ de l’heure avec bénéfices). Aucun constructeur américain ne sera intéressé à construire des véhicules au Canada pour les trois prochaines années au minimum.
Une année de vache maigre aux Etats-UnisLe marché américain pourrait chuter, selon l'agence Standard & Poor's, à 14,9 millions de voitures en 2008, contre 16,1 millions en 2007. Du coup, les constructeurs américains vont diminuer cette année leur production de gros véhicules et continuer à tailler dans les coûts, après avoir supprimé plusieurs dizaines de milliers d'emplois ces deux dernières années.
GM, qui a annoncé une perte de 3,25 milliards de dollars au premier trimestre 2008, après un déficit colossal de près de 39 milliards de dollars l'an dernier, est par ailleurs pénalisé par des conflits sociaux à répétition. Les grèves récentes dans deux de ses usines et chez un de ses principaux fournisseurs, American Axle, lui ont coûté 2,8 milliards de dollars. Quant à Chrysler, détenu à 80 % par le fonds Cerberus, il est d'autant plus sous pression qu'il dépend encore plus des ventes de gros véhicules sur le marché américain que ses compatriotes. Les deux prochaines années vont être très difficile pour les constructeurs américains.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca






