Je profite de la chronique de cette semaine pour parler de la Chine car se déroulait la semaine dernière le salon de l’auto de Pékin ou Beijing. Salon autrefois boudé, il est devenu depuis trois ans le rendez-vous des premières mondiales de plus en plus courues et le royaume du 4x4 et du luxe. Audi a présenté cette année en première mondiale son nouveau Q5 et Mercedes y est allé de son nouveau GLK. Un marché qui est devenu le second souffle de bien des constructeurs, la Chine est un géant qui se réveille. Est-ce que les autres constructeurs de la planète qui sont responsables du développements de l’industrie automobiles chinoise pourront contenir les élans de développements des entrepreneurs locaux ou est-ce que l’industrie automobile mondiale n’a pas serré la main du diable ? Petite analyse de la situation.
En 1978, la Chine lançait sa politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur. Depuis 30 ans, elle connaît un changement considérable dans tous les domaines. La Chine est devenu l’usine de fabrication de la planète et l’automobile ne fait pas exception. Les Chinois qui commencent à faire un salaire décent n’ont qu’un seul désir, acheter une voiture.
D'après l'expérience du marché occidental, lorsque le PNB/hab par an atteint 800 à 1 000 dollars, les voitures commencent à entrer dans la vie des familles ordinaires. En 1998, le PNB par personne en Chine s'élevait à 770 dollars. En 2007, il a dépassé 2 629 dollars. Ce chiffre révèle la cause interne de l'essor rapide du secteur automobile chinois ces dernières années. En 2008, le secteur automobile chinois est réellement face à une opportunité rare, car l'envergure du marché automobile s'élargit rapidement.
En 2001, l'envergure du marché automobile chinois figurait au septième rang mondial. En 2002, la vente des véhicules de divers types a atteint 3,4 millions (dont 1,12 million de voitures). L'envergure du marché automobile a alors dépassé celle du marché français pour atteindre le quatrième rang mondial. En 2003, le volume des ventes s'élevait à 4 millions de véhicules, dépassant l'Allemagne et faisant du marché chinois le troisième grand marché automobile mondial. En 2004, les ventes dépassaient les 5 millions de véhicules. En 2005, le volume des ventes atteignait les 5,92 millions de véhicules, dont 160 000 véhicules importés, dépassant le Japon, qui vendait 5,8 millions de véhicules sur son territoire. La Chine devenait le deuxième plus grand marché du monde, après les Etats-Unis. En 2007, la vente des véhicules s'est élevée à plus de 8,79 millions d'unités et la production excédait les 8,88 millions d'unités, selon les sources de l'Association de l'industrie automobile chinoise. L'envergure du marché s'est encore accrue. D'après les sources du Centre national des informations, en 2015, la Chine dépassera les Etats-Unis avec la vente de plus de 17 millions de véhicules. En 2020, lorsque le PNB chinois quadruplera par rapport à celui de l'an 2000, la Chine deviendra le premier grand marché automobile du monde, tandis que les ventes du Japon se maintiendront entre 5 et 6 millions, celles de l'Allemagne entre 3 et 4 millions et celles des Etats-Unis à 17 millions. Cet essor phénoménal fait pour l’instant le bonheur des grands constructeurs automobiles de la planète car ce sont eux qui profitent de cette manne, car la Chine a toujours travaillé en étroite collaboration avec les grands constructeurs pour sa production domestique.
À ce jour, les «joint-ventures» automobiles dominent toujours le marché national de Chine. Ainsi, l'industrie automobile chinoise est devenue celle de l'industrie automobile universelle. Les marques comme GM, Ford et Volks font des affaires d’or en Chine sans parler de plusieurs marques de luxes qui écoulent une grande partie de leur inventaire. Pour plusieurs constructeurs, la Chine est le Klondike des temps modernes. Les partenariats ont tiré de gros profits du marché automobile chinois grâce à un prix de vente élevé et des moyens lucratifs (partage des bénéfices, frais de transfert technologique de toutes sortes de titres, approvisionnement des pièces détachées et achats d'équipements, etc.). Un rapport d'études de Goldman Sachs a révélé que plus de 80% des bénéfices réalisés dans les premiers six mois de 2003 pour la firme allemande Volkswagen étaient par ses filiales en Chine et que pour un gain de 1,54 euro par action sur cette même période, 1,30 euro étaient produits en Chine. Le potentiel de développement est encore énorme et pour le moment, les grands constructeurs tiennent entre leurs mains les rennes de l’industrie automobile chinoise. L'industrie automobile nationale de Chine a manifesté un potentiel relativement grand sur un marché à la concurrence acharnée. Tout en coexistant avec des magnats de l'automobile mondiale, le développement d'un géant de l'automobile chinois est le plus grand rêve des constructeurs automobiles chinois. Chaque semaine plus de 1200 nouvelles voitures s’ajoutent à la circulation déjà cauchemardesque des grandes cités chinoises. Les Chinois aussi ont «leur rêves américains» mais il y a là une population quatre fois plus importante qu’aux Etats-Unis. Est-ce bien raisonnable et est-ce souhaitable qu’un tel rêve se réalise. Est-ce que l’économie chinoise va survivre à une telle expansion ? Le temps nous le dira.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au www.985fm.ca







