Encore des élections!
Ce n'est pas encore officiel, mais tout indique que les Québécois devront se présenter aux urnes le 8 décembre prochain. Jean Charest ne se donne même plus la peine de le nier; il s'efforce plutôt d'expliquer les raisons qui l'incitent à déclencher des élections, dès cet automne.
Les sondages démontrent que la majorité des gens sont opposés à une nouvelle campagne électorale et les chefs des deux oppositions profitent de ce climat pour vilipender le chef libéral et accentuer la grogne des citoyens. Ils accusent les libéraux de vouloir plonger le gouvernement dans la paralysie, à l'heure où les Québécois ont besoin de mesures pour les aider à affronter la crise économique qui semble imminente.
Il est bien évident que Jean Charest veut profiter des sondages favorables pour tenter de former un gouvernement majoritaire. Cela saute aux yeux; mais peut-on l'en blâmer? Alors que les citoyens expriment un taux de satisfaction et de confiance très élevé, envers son gouvernement, n'a-t-il pas le droit de rechercher un mandat clair de la population? Les représentants de deux partis d'opposition viennent d'ailleurs tout juste de lui démontrer qu'ils n'hésitent pas à unir leurs forces pour le bloquer, lorsqu'ils en ont l'opportunité.
Ce qui m'étonne le plus, c'est d'entendre Pauline Marois crier à l'opportunisme et à l'irresponsabilité du chef libéral. C'est la même personne qui, au cours des derniers jours déclarait sur toutes les tribunes que le gouvernement Charest n'avait pas la compétence pour faire face à la crise économique. «Il n'a même pas été capable de gérer la crise du fromage», disait-elle. Et j'ai bel et bien entendu l'un des porte-parole de son parti, Sylvain Simard, déclarer que la PQ n'hésiterait pas à «défaire» le gouvernement...
Je ne trouve rien de répréhensible à ces déclarations. Elles sont tout-à-fait légitimes de la part de politiciens qui ne partagent pas les vues de leurs adversaires et qui aspirent eux-mêmes au pouvoir. Ce que je déplore, c'est que l'on reproche aux autres ce que l'on pratique soi-même, sans la moindre gêne.
Il ne faut quand même pas prendre les électeurs pour des imbéciles. Ils savent bien que dans un gouvernement minoritaire, les partis d'opposition n'ont qu'un seul objectif: provoquer le déclenchement d'élections dès que les sondages leur semblent favorables. On en a eu la démonstration, quelques mois après les élections du printemps 2007, alors que l'ADQ, porté par sa nouvelle popularité, a tenté de bloquer l'adoption du budget libéral. Les péquistes avaient alors soutenu le gouvernement, puisque les sondages leur étaient très défavorables.
Ceci dit, je pense que la bataille est loin d'être gagnée à l'avance, pour les troupes libérales. Il ne faut pas oublier qu'une campagne électorale dure plusieurs semaines et que tous les coups sont permis. Et il faut tenir compte du fameux débat dont les règles du jeu, chez nous, sont défavorables au chef du gouvernement. Jean Charest en a profité, en 2003 et Mario Dumont les a bien exploitées, en 2007...
Je n'ai pas encore fini de digérer la dernière campagne électorale et l'imminence d'un nouveau scrutin me donne plutôt la nausée. Mais ce sont les règles de la démocratie et, à regarder ce qui se passe là où elles ne prévalent pas, je pense qu'elles méritent encore d'être respectées.
J'irai donc voter, le 8 décembre prochain.
Alain Rioux
Commentaire mis en ligne le 29 octobre 2008En ces temps de crise économique, mieux vaut un gouvernement minoritaire, qui devra tenir compte du veto des partis d'opposition, pour le plus grand bien du peuple. Même l'illustre Montesquieu appelait à la division des pouvoirs, ce que seule une république, ou un gouvernement parlementaire minoritaire, réalise... Les U.S.A., pourtant peu suspects de 'gauchisme', fonctionnent bien sur ce principe, ce me semble? Alors, il faut éviter la dictature économique d'un gouvernement majoritaire, surtout en cette période! Déclencher les élections, ces temps-ci, ne manifesterait que le désir du parti libéral de s'affranchir de la prévalence du Bien commun sur ses intérêts partisans. On passerait, ainsi, de la démocratie, à l'oligarchie...Ce qui nous contraindrait à défaire un tel conciliabule des tyrans et de traîtres!