Belle retombée du développement immobilier: des services mis à la hache. Les résidents du Sud-Ouest sont en train de se faire servir un exemple frappant de comment le développement immobilier à outrance peut les appauvrir de plusieurs façons.
Après des années de promesses vides de «retombées» du développement massif de logements privés dans le Sud-Ouest, nous nous trouvons face à une réalité déconcertante: nous sommes laissés avec à peu près rien. Nos loyers ont augmenté plus vite que le loyer moyen à Montréal (plusieurs ont dû quitter le quartier), nous avons plus de circulation automobile due aux influx considérables de nouveaux résidents aisés. Et maintenant, nous apprenons que l'arrondissement se trouve en déficit, contraint à dépenser toujours plus pour fournir les services municipaux de base tels que le ramassage des poubelles, du recyclage et de la neige, l'entretien des parcs et autres mobiliers urbains... tandis que ses revenus n'ont pas augmenté.
La faute se trouve peut-être avec la ville centre, qui ne distribue pas équitablement les revenus obtenus des nouveaux développements, mais la solution immédiate préconisé par les élus du Sud-Ouest est de faire payer, encore une fois, les plus démunis.
Ainsi, on ferme la section adulte de la bibliothèque Georges-Vanier. On ferme le Bain Émard. On se défait des installations qui hébergent le Fort Angrignon. On met des employés municipaux à la porte (difficile à voir comment moins d'employés puissent offrir le même niveau de services). On coupe ici, on coupe là, et, en fin de compte, on recule sur une mesure qui aurait eu pour effet de faire partager – d'une façon très modeste, voir timide – une petite partie des coûts liés au développement immobilier avec des gens relativement aisés qui en bénéficient directement: les propriétaires des nouveaux condos dans le secteur Griffintown. Ainsi, l'arrondissement abandonne l'idée d'imposer une taxe spéciale qui aurait redistribué un peu le fardeau de la crise.
L'histoire est vieille: faire payer les pauvres pour la crise. Mais les gens à faible et modeste revenus du Sud-Ouest ont raison d'être indignés. Ce n'est pas eux qui ont invité les spéculateurs à venir faire leur festin ici. Ce n'est pas eux qui ont tout fait pour rendre possible l'embourgeoisement rapide du quartier, qui a déclenché cette crise des finances de l'arrondissement. Mais c'est eux qui doivent payer le prix. Les propriétaires des condos, ils ont leurs piscines privées, ils ont leurs bibliothèques bien garnies dans leurs salons. La fermeture de services publics gratuits et à bas coût ne les affecte pas vraiment.
Les gens du Sud-Ouest ont raison d'être indignés. Face à des «choix difficiles», les élus de l'arrondissement (tous partis confondus) les ont laissés tomber. Ils n'ont pas eu ni le courage politique, ni le sens de justice sociale nécessaires pour faire partager plus équitablement les effets néfastes de cette crise des finances publiques.
Indignons-nous!
Manuel Johnson Montréal



