Alors que la participation militaire du Canada touchait à sa fin, le ministre de la défense, Peter MacKay, est récemment allé visiter les troupes canadiennes à Kandahar. Il fit alors cette déclaration : « Notre pays se porte tellement mieux grâce à vos efforts (…) Votre êtes les meilleurs citoyens de notre pays.»
Les « meilleurs » citoyens du pays? Ce genre de discours militariste est habituellement l’apanage de nos voisins du sud. Nous, Canadiens, ne sommes pas vraiment habitués à ce genre d’enflure verbale même s’il s’agissait d’une allocution à nos soldats.
S’ensuivit un article rédigé par Paul Robinson, un ancien officier des armées canadienne et britannique, devenu professeur à l’Université d’Ottawa, qui s’inquiétait du fait que la guerre en Afghanistan n’ait altéré les valeurs canadiennes. « (Ce genre de discours) donne une certaine légitimité à des actes de guerre et militarise les affaires étrangères», écrivait Robinson.
Le Canada n’est pas reconnu pour ses actions militaires mais plutôt pour ses missions de paix. La mission en Afghanistan était supposée être une guerre justifiée, mais de plus en plus de gens se demandent aujourd’hui pourquoi nous y sommes allés et où cela nous a conduits? Le comédien américain Andy Borowitz y est allé d’une blague pleine de lucidité via son compte Twitter : « La mission en Afghanistan est comme l’émission « Lost » (« Les disparus »), c’est fini mais je ne sais plus vraiment quel était le sens de toute la série ».
Lorsqu’en 2006 le gouvernement décida de modifier sa mission là-bas et de la rendre offensive plutôt que vouée exclusivement au maintien de la paix, les Canadiens n’ont pas compris ce que cela signifiait. Un débat aurait alors été nécessaire. Il en résulta le plus grand nombre de morts au combat depuis la guerre de Corée. 157 soldats ont, à ce jour, rendu l’âme dans ce conflit.
Il est difficile d’évaluer la pertinence de notre présence en Afghanistan sans que des gens ne remettent en question nos propres convictions politiques, mais l’on peut et l’on doit honnêtement se poser la question à savoir si notre pays se porte vraiment réellement mieux depuis sa participation canadienne en Afghanistan. Cela nous amène à reconsidérer également la déclaration de M. MacKay à l’effet que les militaires soient nos « meilleurs citoyens ». Je ne suis pas en train de discréditer ces braves soldats qui ont perdu la vie au combat, ont servi honorablement dans des missions de paix et ont participé à des efforts de reconstruction un peu partout dans le monde, mais les militaires eux-mêmes ont choisi de pratiquer ce dur métier. Les médecins, enseignants et pompiers ont également choisi des métiers difficiles. Mais je pense qu’il est dangereux de glorifier ainsi nos soldats.
Peut-être que la génération d’aujourd’hui estime que les missions militaires actuelles ne sont pas suffisamment légitimes ou justifiées pour risquer sa vie et enlever celle des autres. -
Ironiquement, il y a quelques années, les États-Unis ont réduit leurs exigences afin de pouvoir recruter davantage de candidats pour répondre à une pénurie de main d’œuvre militaire. Avec des milliers de soldats déployés en Irak et en Afghanistan, l’armée américaine a choisi de réduire les standards intellectuels de ses troupes.
Les mêmes raisons justifiaient le fait que notre pays ait aussi décidé de ne plus imposer de tests d’aptitude aux nouveaux candidats. Avec 2200 soldats en Afghanistan, voilà que l’on est rendu à viser la quantité plutôt que la qualité. Quelle formule gagnante! Surtout lorsque des vies sont en jeu.
Les armées – et par extension, leurs gouvernements – devraient peut-être réfléchir sur les raisons derrière cette pénurie de main d’œuvre militaire. Il y a des raisons qui justifient le fait que des manifestants se soient rassemblés, il y a quelques années, à Montréal pour protester contre la participation du Canada en Afghanistan. Ce n’est pas pour rien que des pénuries de main d’oeuvre s’observent dans plusieurs armées à travers le monde.
Peut-être que la génération d’aujourd’hui estime que les missions militaires actuelles ne sont pas suffisamment légitimes ou justifiées pour risquer sa vie et enlever celle des autres. Et même si vous êtes de ceux qui défendent ce genre de missions, vous devez quand même vous demander à qui elles profitent vraiment et si cela est vrai que notre pays ne s’en porte que mieux.






