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Échangeur Turcot : levée de boucliers contre les expropriations

par André Desroches
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Article mis en ligne le 19 juin 2009 à 12:54
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Échangeur Turcot : levée de boucliers contre les expropriations
Pour Denis Lévesque de la table de quartier Solidarité St-Henri et Patricia Viannay du POPIR-Comité logement, le ministère des Transports du Québec doit trouver une alternative aux expropriations envisagées.
Échangeur Turcot : levée de boucliers contre les expropriations
Carole Thériault a vécu quinze ans dans Saint-Henri. Elle a quitté le quartier pour revenir s’y établir en 2006. Loin d’elle l’idée de partir aujourd’hui du Village des Tanneries où elle aime vivre. Mais voilà que la résidante de la rue Cazelais pourrait être forcée de plier bagages. Tout comme 165 autres ménages visés par les expropriations prévues au plan actuel de reconstruction du complexe Turcot. Un scénario dénoncé par les résidants et des groupes communautaires, qui pressent le ministère des Transports du Québec de trouver une alternative.
Carole Thériault est catégorique. «Je ne veux pas quitter le Village des Tanneries, ni laisser mon logement», a-t-elle lancé lors d’une conférence de presse réunissant des résidants du secteur ainsi que des représentants du POPIR-Comité logement, de la table de quartier Solidarités Saint-Henri et du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

«Il faut qu’on nous fasse la démonstration que c’est nécessaire», a laissé tomber Louis Cyr, un résidant, qui a plaidé «pour un Turcot socialement acceptable».

Dans les mémoires qu’ils ont présentés devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) lors des audiences sur la reconstruction du complexe Turcot, le POPIR, le FRAPRU et Solidarités Saint-Henri ont demandé au ministère des Transports du Québec (MTQ) de refaire ses devoirs.

Selon les plans du MTQ, 166 logements seraient rasés. Une partie des immeubles situés sur la rue Cazelais tomberaient sous le pic des démolisseurs ainsi que des bâtiments de la rue Selby et l’édifice situé au 780, Saint-Rémi, qui abrite une centaine de lofts.

C’est le seul scénario sur les cinq étudiés par le MTQ qui prévoit des expropriations, a rappelé Patricia Viannay, du POPIR-Comité logement. Ces démolitions seraient nécessaires pour permettre le déplacement vers le sud de l’autoroute 720 dans le but de faciliter le phasage des travaux, a-t-elle précisé.

Selon Mme Viannay, on est en face «d’un projet pensé en fonction de l’automobile tout à fait inacceptable». «L’automobile a été le moteur de la réflexion», a-t-elle déploré. Dans son mémoire déposé au BAPE, le POPIR-Comité logement soutient qu’«un projet d’une telle envergure doit se réaliser avec des préoccupations environnementales, écologiques, architecturales, urbanistiques, économiques et sociales qui nous permettent de sortir de la logique du béton et de l’automobile qui a prévalu lors de la construction initiale de l’échangeur».

Jean-Claude Laporte, du FRAPRU, a dénoncé la possible démolition de ces logements de grande taille et bon marché. «Les grosses familles ont du mal à se loger, a-t-il expliqué. À Saint-Henri, des grands logements, il n’y en a pas.»

Pour lui, la perte de ces 166 logements «mettra encore plus de pression sur le marché locatif dans le Sud-Ouest, dans un contexte de crise économique où chaque logement bon marché, surtout de grande taille, compte».

M. Laporte a invité le MTQ à prendre quelques mois de plus pour revoir son projet, pour «faire quelque chose de brillant socialement». «On est au 21e siècle, pas en 1950», a-t-il dit.
Mesures compensatoires
Le MTQ a bien promis des mesures compensatoires pour palier les expropriations, mais cette promesse a été vertement critiquée. Le ministère prévoit maintenir le nombre d’unités dans le quartier en construisant des logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis. Or, «ce n’est pas vrai que les gens vont pouvoir se loger au même prix», a indiqué Patricia Viannay. Un locataire pourrait devoir payer un loyer de 713 $ par mois pour un trois et demi alors que le loyer mensuel moyen pour un logement de grande taille sur la rue Cazelais est de 535 $ par mois. Sans compter que plusieurs ménages expropriés ne seraient pas admissibles au programme AccèsLogis.

Mentionnant que «les 160 unités proposées étaient déjà nécessaires pour le quartier», le POPIR juge «inconcevable que le MTQ aille piger dans une programmation AccèsLogis déjà insuffisante pour tenter de compenser les démolitions dues à Turcot».

«Nous trouvons inapproprié que des unités de logement social prévues au dernier budget [du gouvernement du Québec] soient prises afin de reloger des ménages expropriés pour des fins d’autoroute», estime le FRAPRU dans son mémoire.
Perte pour la vie sociale
«Ce n’est pas juste des logements qui seront démolis, a par ailleurs souligné Denis Lévesque, de Solidarités Saint-Henri. Ce sont des personnes mobilisatrices de leur milieu qui vont être délogées.»

Il a rappelé les nombreuses initiatives mises de l’avant par les citoyens pour redonner du souffle au Village des Tanneries. «Elle ont mis des efforts à revitaliser le secteur, à développer la vie sociale. Ce dynamisme sera perdu. Ce sera une perte pour la vie sociale.»

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