Ce qui est aujourd’hui le parc Angrignon aurait pu être un vaste jardin zoologique. La Ville de Montréal caressait ce projet à la fin des années 1950.
Parc Angrignon : il était (presque) une fois un zoo…
De ce côté, vous pouvez contempler nos amis d’Amérique du Nord: les ours, bisons, chevreuils. Et là, à gauche, c’est l’Afrique avec ses lions, ses tigres, ses singes. Derrière ces arbres se cachent les éléphants. «Si vous prêtez l’oreille, vous allez peut-être les entendre», murmure notre guide, Gilles Laberge. Une visite du zoo de Granby? Pas du tout. Nous sommes en plein cœur du parc Angrignon. L’historien nous offre une tournée virtuelle du jardin zoologique dont on projetait l’aménagement à la fin des années 1950; le moment fort d’une visite guidée du parc, qui pourrait éventuellement être proposée à la population.
Le Centre d’animation du parc Angrignon (CAPA) peaufine un projet de visite pour mieux faire connaître l’histoire de cet espace vert. Une activité que l’on aimerait offrir aux citoyens dans un horizon pas si lointain.
En compagnie de Gilles Laberge, qui a récemment produit une conférence illustrée sur le passé du parc, nous avons eu droit à un avant-goût de la forme que pourrait prendre cette visite.
Le projet de zoo constitue, on s’en doute, un gros morceau du circuit. Et pour cause. Sujet fascinant pour qui ignore tout de cette idée caressée par l’administration municipale de l’époque.
Première moitié du XXe siècle. La plupart des grandes villes nord-américaines ont leur zoo. Ce n’est pas le cas de Montréal. Inconcevable pour la grande métropole canadienne. «On en parle durant la Seconde Guerre mondiale», relate M. Laberge. L’idée fait tranquillement son chemin.
En 1953, une étape importante est franchie alors que la Ville procède à l’achat de terrains au coût de 350 000 $.
Pour le concept, «on s’inspire d’une expérience menée en Allemagne», explique l’historien. Les animaux seront regroupés par continent. On aménagera des secteurs où ils pourront s’ébattre librement. «Il s’agissait de créer chez le visiteur l’impression que l’on peut voir les animaux comme ils vivent en pleine nature», souligne Gilles Laberge. On prévoyait également aménager des cages en verre de 12, 20, 25 pieds de hauteur, ajoute-t-il.
La collection devait compter 3000 animaux au départ. À terme, il devait y en avoir 5000. «On visait 100 000 visiteurs par jour», signale M. Laberge.
Le projet était passablement avancé. Plusieurs aménagements avaient été réalisés. «Tous les plans sont faits» et dorment quelque part dans les archives de la Ville, indique notre guide. Les travaux en sous-sol ont été effectués pour l’irrigation des étangs, note-t-il. En dollars d’aujourd’hui, environ 20 millions ont été injectés dans ce projet, estime, M. Laberge. Un directeur pour le zoo a même été en poste pendant trois ans.
Mais les frais engagés pour la présentation de l’exposition universelle de 1967 et la construction du métro ont pesé lourd sur les finances de la ville. Sans parler du baby-boom, qui a amené les gouvernements à canaliser les fonds publics vers d’autres priorités, telle la construction d’écoles, mentionne Gilles Laberge. Résultat: l’aventure a été laissée en plan.
Mais il nous reste aujourd’hui un bel espace vert d’une superficie de 65,000 mètres carrés qui était loin de présenter ce visage il y a un demi-siècle. Les aménagements réalisés en vue de l’ouverture du zoo ont radicalement modifié son aspect. «En 1950, c’était un pâturage, indique M. Laberge. Il y avait à peine quelques arbres. Or en 1989, on comptait 19 000 arbres dont 10 % sont des érables. La majorité des arbres du parc ont moins de cinquante ans.»
Peut-être pas de zoo, mais n’empêche que de la fin des années 1960 jusqu’en 1988, le parc a été un lieu de rendez-vous pour les amis des animaux. Ce que nous connaissons aujourd’hui comme le Fort Angrignon, ce centre de divertissement familial, a été construit à l’origine pour servir de quartiers d’hiver aux animaux du Jardin des merveilles situé dans le parc Lafontaine. On y logeait environ 350 bêtes, précise M. Laberge. La place centrale, où se trouvait un bassin, était le théâtre d’un spectacle d’otaries, se souvient-il.
Gilles Laberge
Commentaire mis en ligne le 26 novembre 2008J'attendais impatiemment la disponibilité du texte sur votre site internet depuis que j'avais vu la mention « la face cachée du parc Angrignon » sur la page principale de votre dernière édition i.e. 2008.11.20
Texte très intéressant.
Bravo.
On aimerait lire une suite ou une seconde partie...!
À la prochaine