France Théôret a publié depuis près de trente ans, pas moins de 17 ouvrages, dont des romans, des recueils de poésie et des essais. (Photo : Éditions Boréal)
Contre la pauvreté intellectuelle
Une belle éducation, un roman unanimement acclamé par la critique trouve sa source à St-Henri.
France Théôret lance Une belle éducation, une œuvre intimiste se déroulant dans les années 50. Acclamé par la critique, il s’agit du cinquième roman de cette auteure, qui a également publié plusieurs essais et recueils de poésie.
En partie autobiographique - «en partie seulement», tient à préciser France Théôret -, l’œuvre dépeint la vie quotidienne d’une famille dysfonctionnelle.
Évelyne, la narratrice, est l’aînée d’une famille de quatre enfants qui, un jour de septembre 1956, déménage à Saint-Henri. Le logement est triste, insalubre, mal éclairé, mal chauffé et infesté de rats. Son père, un épicier, est obsédé par l’argent, alors que son commerce est aux yeux d’Évelyne laid, vétuste et malodorant.
En plus de dépeindre une certaine réalité du Québec des années 50, l’auteure dénonce dans son roman l’ignorance et le dénuement extrême, tant matériel qu’intellectuel, qui était le lot de nombreuses familles canadiennes françaises à l’époque.
Dans une forme qui donne l’illusion de l’autobiographie parce que l’auteure inscrit les mois et les années au début de chacun des chapitres comme dans un journal intime, France Théôret tisse le thème du savoir et de la possibilité d’accéder aux études supérieures pour les jeunes femmes, comme moyen de se sortir de l’ignorance dans laquelle elles sont confinées.
Même si elle traite de famille dysfonctionnelle ou encore d’ignorance, l’auteure, rejointe au téléphone, tient à préciser qu’elle ne fait pas de liens raccourcis entre ces deux thèmes et la pauvreté. «Il ne faut pas associer pauvreté et famille dysfonctionnelle ou encore pauvreté et ignorance. Mon roman dénonce la pauvreté intellectuelle, un point c’est tout», affirme France Théôret.
Double discours des religieuses
France Théôret rappelle que selon qu'elles étaient riches ou pauvres, les jeunes femmes des années 50 n’avaient pas droit à la même éducation scolaire, bien qu’elle fût généralement dispensée par des sœurs.
«À St-Henri, les religieuses ne poussaient pas les jeunes filles aux études. Il fallait passer par-dessus l’endoctrinement qui voulait que, pour trouver le bonheur, une femme devait être humble et au service d’autrui. C’était difficile de découvrir qu’il y avait matière à émancipation pour une femme en poursuivant des études», raconte France Théôret.
«On enseignait différemment dans les collèges d’Outremont et de St-Henri, à la même époque. Là-bas, on peut dire que les religieuses étaient féministes avant l’heure. Elles pouvaient apprendre aux filles à avoir une certaine autonomie. On ne faisait pas ça avec les filles de St-Henri. Alors oui, oui, à ce niveau, mon roman est aussi une critique», explique l’auteure.
France Théôret a elle-même vécu son adolescence à St-Henri à la même époque que sa jeune héroïne, d’où le côté semi-autobiographique du roman.
Même si elle connaît bien le quartier, l’auteure a quand même fait beaucoup de recherche en bibliothèque pour la rédaction de son roman. Elle a aussi consulté le Centre d’étude Gabrielle Roy et est retournée pour une rare fois sur la place St-Henri de son enfance.