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Étonnante carrière d’une pionnière

Claudette Lalonde, reporter, productrice et femme de communication

Marilyse Hamelin par Marilyse Hamelin
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Article mis en ligne le 6 août 2008 à 11:50
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Étonnante carrière d’une pionnière
Claudette Lalonde, reporter, productrice et femme de communication
Après 10 années à l’emploi de la Ville Montréal, dont quatre à l'arrondissement Sud-Ouest à titre de chargée de communication, Claudette Lalonde prendra une retraite bien méritée après 43 ans de vie professionnelle. Ce qu’on connaît moins de la dame, c'est que, dans une autre vie, elle a été la 2e femme journaliste à couvrir les faits divers au Québec.
Avant d'assurer avec ses collègues les communications officielles de l'arrondissement, Claudette Lalonde a, dans les années 70, suivi la Commission d'enquête sur le crime organisé (CECO), travaillé au Palais de justice, couvert des feux, des crimes et des accidents pour le compte du Journal de Montréal, du Montréal-Matin et de Photo-Police. Portrait d’une débrouillarde.

À 21 ans, avec une poche une formation en secrétariat, Claudette Lalonde travaille au service aux étudiants à de la toute nouvelle Université du Québec à Montréal (UQAM) en 1970 quand survient la crise d’octobre. Du coup, l’université se trouve fermée, car jugée par le pouvoir en place comme un bastion important d’indépendantistes.

En congé forcé durant la crise, Claudette Lalonde sert d’assistante pour un journaliste de la défunte agence de presse américaine United Press International (UPI), elle qui a de nombreux contacts avec des indépendantistes de renom tels Michel Garneau et sa conjointe Michelle Rossignol. C’est à cette époque qu’elle apprend les rudiments du métier de journaliste.

Lorsque le poète est emprisonné au moment des arrestations de masses, sa conjointe est en Europe et Claudette Lalonde doit donc prendre contact la mère de cette dernière, Lise Rossignol, alors journaliste à La Presse. C'est elle qui la fera entrer au journal Dimanche Matin. Deux ans plus tard, elle entre comme réviseure et rédactrice à Photo Police. Moins d’un an après, le Journal de Montréal lui demande de se joindre à son équipe. Elle devient alors la 2e femme à couvrir la scène judiciaire et les faits divers, suivant sa collège Pierrette Léger, entrée à Photo-Police à peine un mois plus tôt.
Jeune femme déterminée
À son 1er jour au Journal de Montréal, elle arrive en tailleur ajusté et en soulier à talons hauts, mais déchante vite en couvrant un incendie: «Quand je suis revenue le soir, mes souliers étaient finis et mon tailleur taché. Je l'ai envoyé au nettoyeur et je ne l’ai plus jamais porté au travail! À la place, je me suis acheté des jeans et des souliers confortables», raconte-t-elle.

Assignée à sa première couverture d’un drame de mœurs quelque temps plus tard - deux enfants avaient été tirés à bout portant par leur beau père -, elle constate alors le machisme qui sévit alors dans la police.

«Je suis arrivée et les policiers m'ont dit: «C’est toi la petite nouvelle? On va t’initier, tu vas voir ce que c'est», se rappelle-t-elle. «Ils m'ont fait entrer dans la maison, puis dans la cuisine. La cervelle des enfants était encore collée partout au plafond. Orgueilleuse comme je suis, je n’ai montré aucune émotion, mais dès qu’on a quitté le lieu avec mon photographe, je lui ai demandé de s’arrêter sur le bord du chemin et j’ai vomi à m'en vider les tripes», relate-t-elle.

Si les choses s’améliorent au cours de la décennie soixante-dix, l'idée de voir des femmes couvrir la scène judiciaire demeure un irritant pour les vieux de la vieille. «Pour les anciens policiers, les femmes n’avaient pas leur place là, c’était comme une anomalie», témoigne Claudette Lalonde.
Changement de voie
Travaillant maintenant au Montréal Matin, c’est lors de ses vacances de Noël, en 1979, qu’elle apprend la perte de son emploi: «J’étais dans la voiture et on annonçait la fermeture du journal», raconte-t-elle. À partir de là, tut en poursuivant des études universitaires en communication, elle se recycle dans la pige et travaille comme recherchiste à Radio-Canada, puis devient responsable de la production des magazines Protégez-vous et Protect Yourself.

Devenue productrice pour à la télévision, elle perd tout à la fin des années 80 à cause d’une partenaire ayant des problèmes de toxicomanie. Après huit années passées aux communications de l’Ingénierie de la Société Radio-Canada, elle quitte lors de la fermeture des bureaux de Montréal.

Qu’à cela ne tienne, elle entreprend une carrière bien remplie à la ville de Montréal, d'abord au Biodôme, puis, au Service des parcs, à l'arrondissement Sud-Ouest, au Service de sécurité des incendies de Montréal, pour enfin revenir à l'arrondissement Sud-Ouest, où sa carrière a pris fin le 7 août dernier.

«Ce que j'ai aimé le plus dans ma carrière à la Ville, c'est le service au citoyen, le fait d'aider et d’être utile, c’est ça le leitmotiv des gens à l'arrondissement Sud-Ouest et c’était pareil au service de sécurité incendies, on visait le meilleur service pour le citoyen en tout temps», assure celle qui quitte avec un seul regret, ne pas avoir pu transmettre son expérience à autant de jeunes débutants qu'elle ne l'aurait souhaité.

Malgré tout, elle quitte le cœur léger: «J'ai hâte de ne plus avoir à me lever le matin, de ne pas travailler sous pression. Je vais m'occuper de mes petits enfants et voyager avec mon mari», se réjouit-elle.

Une carrière passionnante que celle de Claudette Lalonde, marquée par les changements technologie, de la typographie au plomb aux galées de papier que les graphistes montaient en les collant sur des cartons, qui étaient ensuite photographiés pour produire un film, en passant par les balbutiements de l'informatique. Une chose est certaine, les femmes de la génération de cette pionnière ont ouvert la voie à toutes les professionnelles d’aujourd’hui. Chapeau madame Lalonde!

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