Pour en finir avec l’ère du charbon
Il est étonnant de voir, en 2008, des patrons tenir un discours alarmiste quant à la productivité et fermer la porte à toute amélioration des conditions de travail de leurs employés. Si on avait écouté les discours de ces mêmes patrons au fil des ans, on en serait encore aux usines infernales de l’ère industrielle, alors que les gens travaillaient sept jours sur sept, douze heures par jour.
Quand les travailleurs ont commencé à demander de meilleures conditions de travail et à se syndiquer au début du XXe siècle, les patrons ont cru à la faillite. Et pourtant, le système est toujours en place et les actionnaires font de plus en plus de profits, même si rien n’est jamais suffisant pour étancher leur soif.
Voyageons un peu, rien de mieux que de prendre de la perspective. En France, actuellement, le minimum de congés annuels payés garantis pour tous travailleurs est de 30 jours ouvrables. Au Québec, c’est seulement 10 jours, un minimum qui est souvent bêtement repris par les conventions collectives au lieu d’être bonifié. Plusieurs, pas seulement les patrons, mais aussi certains travailleurs, croient qu’il serait fou d'imaginer obtenir plus, que l'économie nationale en souffrirait. Donc on se contente du minimum auquel on est habitué et l’on se tait.
Malgré tous ces sacrifices en temps au travail, perdu à la vie de famille, le Québec traîne la patte question productivité. Dans l'édition de juin du magazine PME, l’économiste Pierre Fortin déplore ce qu’il qualifie de «double problème québécois», soit une plus faible productivité et qui progresse plus lentement que celle de la moyenne des pays industrialisés.
En comparaison, en France, la productivité va bon train. Dans son étude Choix concurrentiels 2008, la firme KPMG, dont la réputation n'est plus à faire, expose la compétitivité des pays du G7. La France se classe numéro un d'Europe, avec des coûts à peine 3,6% plus élevés qu’aux États-Unis, pays dont on sait que les conditions de travail de base sont encore moins favorables qu’au Québec.
Eric Heyer, directeur adjoint du département Analyse et prévision du centre de recherche en économie de Science Po, autre institution dont la crédibilité n’est plus à établir, exposait lui aussi dans les pages du quotidien Le Monde en 2006 que la France, en termes de productivité horaire du travail, connaît une performance remarquable, se situant au-dessus de l'ensemble des pays de l'OCDE avec une productivité horaire nettement supérieure à celle du Royaume-Uni, de l'Espagne, des États-Unis, du Japon et même de l'Allemagne.
Ne serait-il pas temps de faire une corrélation entre conditions de travail et productivité? Un travailleur satisfait est bien plus productif que l’autre que l’on menotte à sa tâche 50 semaines par année avec, pour seul espoir, un peu de beau temps pour ses deux maigres semaines de congés annuels.