La Ligue des Bons Amis regroupe une quarantaine de joueurs qui s’adonnent à leur passion tous les dimanches: le hockey. Le 27 mars dernier, on est en série. C’est le match de demi-finale. Michel Campeau, 47 ans, s’échappe avec la rondelle. L’as marqueur file à toute vapeur vers le filet quand tout à coup, il pose le patin sur le bâton d’un joueur qui tente de l’intercepter. C’est la perte d’équilibre. L’attaquant chute et s’écrase violemment contre la bande. «Il est resté allongé», se souvient Yves Jubinville, un coéquipier. C’est le transport en ambulance, l’opération de toute urgence puis le terrible verdict qui tombe: moelle épinière sectionnée. Michel Campeau ne marchera plus.
«Ça a fait l’effet d’une bombe dans l’équipe. On ne dormait plus, relate Yves Jubinville. On ne faisait que pleurer en pensant à notre chum Michel.»
Secoués, les joueurs se réunissent quelques jours plus tard dans un restaurant pour ventiler leurs émotions. Pour parler de leur chum. «Pour prendre la parole, nous devions tenir un bâton. C’était le bâton de hockey de Michel», confie M. Jubinville. «C’est ce jour-là que les gars ont lancé le projet de maison adaptée.»
Michel Campeau et sa conjointe, Magali Picard, doivent en effet vendre rapidement leur maison de Saint-Constant qui, avec ses trois étages, ne peut répondre aux besoins de celui qui devra désormais se déplacer en fauteuil roulant. Alors que Michel est hospitalisé, Magali déniche une maison qui nécessite d’importantes transformations. Or, l’affreux coup du destin qui a frappé le couple n’est pas sans avoir un impact sur sa situation financière. C’est là que les «Bon Amis» décident d’y aller d’un formidable geste de solidarité.
Plomberie, électricité, céramique, toiture: plusieurs travaillent dans le secteur de la rénovation. À la fin avril, ils investissent les lieux. Entrepreneur général, Yves Jubinville supervise le chantier.
Ça travaille bénévolement 7 jours semaine pour refaire la cuisine, la salle de bains, le sous-sol, installer un ascenseur, réaménager les accès extérieurs. Ça scie et ça cloue tous les soirs, la fin de semaine, le jour, quand c’est possible. «Tous les joueurs de la ligue ont travaillé, souligne M. Jubinville. Tout le monde s’est mobilisé.»
Ils fournissent gratuitement les matériaux. Les conjointes mettent la main à la pâte. Ayant entendu parler du projet, des amis des joueurs, qui n’ont pourtant jamais rencontré Michel Campeau, décident eux aussi de prendre part à cet extraordinaire élan du cœur.
À un moment, le temps commence à presser et les ressources à manquer. Il faut un peu plus d’huile de bras et d’argent pour tout terminer avant que Michel n’obtienne son congé du centre de réadaptation. On décide donc de frapper à la porte des producteurs de l’émission de télé Donnez au suivant, qui acceptent d’embarquer dans l’aventure. Le projet a fait l’objet d’une émission, qui sera diffusée en septembre.
Les travaux sont finalement complétés le 29 juin, tout juste la veille du retour de Michel.
Inspirés par le courage de Michel Campeau, ses coéquipiers, leurs conjointes et les amis ont vécu une expérience qui les a fait grandir. De solides amitiés se sont nouées. «Il s’est créé une chimie, des liens. On s’est fait des amis incroyables», constate Yves Jubinville.

