Les fausses controverses

Toula Foscolos
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Pierre Duchesne: un débat sur l’éthique journalistique

Lorsque des rumeurs ont commencé à circuler à l’effet que Pierre Duchesne allait se lancer en politique sous la bannière péquiste, un débat sur l’éthique journalistique a vite surgi.

Toula Foscolos

Le premier ministre Charest s’est demandé s’il était convenable que quelqu’un couvrant la politique parlementaire à Québec puisse en même temps jauger la possibilité de faire de la politique.

Il ne fait, quant à moi, aucun doute que si M. Duchesne avait joint les rangs des libéraux, M. Charest chanterait aujourd’hui une toute autre chanson.

M. Duchesne a quitté son poste d’analyste à la fin d’une session parlementaire et après 25 ans de journalisme sans scandale ni faute d’éthique. C’est tout à fait son droit de décider de se lancer en politique et c’est ce qu’il a fait. Et cette situation n’est pas nouvelle. De René Lévesque à Christine St-Pierre, nombre de journalistes ont choisi de faire le saut en politique.

Ce qui en fait sourciller certains, dans ce cas-ci, est une question de «timing». Selon le journal La Presse, la circonscription péquiste avait déjà été réservée à un candidat vedette de Radio-Canada, il y a trois mois. Ce qui pourrait être un cas de conflit d’intérêt qui pourrait avoir compromis l’objectivité de sa couverture de presse, selon le Conseil de presse du Québec.

Et c’est là où je diverge d’opinion avec le CPQ. Je ne crois pas qu’il y ait nécessairement eu conflit d’intérêt, même si les conditions n’étaient pas idéales; à moins que des preuves «confirment» le contraire.

S’imaginer qu’un vétéran en journalisme perd immédiatement toute objectivité dès qu’il se met à songer à une carrière en politique, c’est essayer de nous faire croire que les seules couvertures journalistiques honnêtes sont celles conduites par des gens sans allégeance politique, avouée ou non. Et nous savons tous que cela est impossible.

Je crois qu’il est possible de faire consciencieusement du journalisme, tout en ayant de fortes convictions politiques.

Nous croyons bien les analystes qui font du reportage sportif, même s’ils sont attachés à leur équipe maison.

Je crois qu’il est possible de faire consciencieusement du journalisme, tout en ayant de fortes convictions politiques.

Le journaliste britannique John Burns, récipiendaire de deux prix Pulitzer et directeur du bureau londonien du New York Times a déjà déclaré : «Je dois être précis; je n’ai pas à être impartial.» 

Une étude de l’organisme Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR) a déjà prouvé que la subjectivité journalistique résidait davantage dans le choix des sources plutôt que du côté des convictions personnelles des journalistes.

Certes, les orientations politiques peuvent avoir une certaine influence sur le travail journalistique, mais il s’agirait plutôt là d’une question de mauvais journalisme plus que de toute autre chose.

Puisque ce ne sont pas des robots, mais bien des humains qui vous livrent l’information, peut-être est-il temps que l’on reconnaisse que l’objectivité journalistique n’existe pas et que l’on focalise plutôt sur l’importance de l’exactitude des faits rapportés.

Il en va aussi du sens critique des consommateurs d’informations. Et c’est à eux de se questionner à savoir si un ancien journaliste qui se lance en politique devrait même faire l’objet d’une couverture journalistique et si cela constitue vraiment une controverse.

Organisations: Conseil de presse du Québec, La Presse, Radio-Canada Pulitzer New York Times

Lieux géographiques: Québec

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